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La Mule : Clint Eastwood, réalisateur sans frontières

4 out of 5 stars (4 / 5)


Beau boulot, Monsieur Clint. Gran Torino est l’un de mes films préférés, et avec La Mule, aux côtés du même scénariste, vous frôlez le chef d’oeuvre.

Vous jouez Earl, vieux gars un peu réac, passionné par son boulot d’horticulteur au point d’en délaisser sa famille. Earl est flambeur, il aime la grande vie et les belles femmes. S’il a connu le succès, il se retrouve 12 ans plus tard seul et criblé de dettes.

C’est alors qu’on lui propose un job a priori facile : conduire.

Payé pour rouler, lui dit-on.

Au départ un peu naïf, il ne se doute de rien. Il transporte des colis d’un endroit à un autre, point final. Surtout, il y a beaucoup d’argent en jeu, qu’il retrouve dans sa boîte à gants à chaque fin de mission. Et cet argent, il le garde. Comme les malfrats avec qui il s’associe, il devient de plus en plus gourmand.

Qui se douterait, en voyant ce type de 90 ans, qu’il transporte des kilos de drogue pour le compte d’un cartel mexicain ? Parce qu’il a une bonne gueule d’Américain, Earl. Il est blanc, âgé, il inspire confiance. C’est justement parce qu’on ne se méfie pas de lui qu’il est une mule – passeur de drogue – redoutable.

Le clan des Mexicains

J’ai lu plusieurs critiques qui voyaient dans La Mule un tract pro-Trump pour l’élévation du fameux mur-frontière entre les USA et le Mexique. Il n’en est rien. Eastwood a beau être un Républicain convaincu et avoir soutenu Trump officiellement, La Mule est tout sauf un pamphlet raciste.

Au contraire, Eastwood et Nick Schenk, le scénariste, démontent avec humour le racisme ordinaire et ses conséquences. Tout d’abord, les Blancs du film sont assez crétins. Les flics arrêtent volontiers un type au faciès (hispanique ou afro-américain) mais laissent passer un vieillard blanc. Même le flic incarné par Bradley Cooper, Colin Bates, censé être « le flic intelligent », se fait berner par le vieil homme. Earl cache pourtant près de 300 kilos de coke dans sa voiture.

La voiture, parlons-en. C’est une Ford. Encore. Si vous vous souvenez de Gran Torino, une scène du début du film était éclairante sur le point de vue d’Eastwood : il est important d’acheter américain. Le pickup Ford s’érige en symbole de la puissance économique américaine. C’est un gros engin qui permet de sillonner les grands espaces.



Humour et préjugés

Mais revenons au scénario et aux dialogues de La Mule. A plusieurs reprises, Earl sort des répliques qui révèlent les préjugés racistes bien ancrés dans l’esprit du personnage. Par exemple, sur les Mexicains qui ne sauraient être organisés. Il sort aussi, comme dans Gran Torino, des répliques offensantes qui pourtant résonnent avec humour. Une fois qu’il a aidé un couple d’Afro-Américains en leur changeant une roue, il déclare :

C’est toujours sympa d’aider d’aimables Négros comme vous.

La femme, d’une diplomatie exemplaire, lui indique que le terme « Negro » ne s’utilise plus depuis longtemps, et que l’on peut utiliser le terme « Noir » ou tout simplement « Personnes. »

Earl n’a pas l’air convaincu et se moque gentiment d’eux.

C’est un vieux réac, ancien combattant, qui a gardé en tête les préjugés de sa génération. N’oublions pas que pour un homme de 90 ans, qui avait donc la trentaine dans les années 60, le mot Negro est un terme politiquement correct.

D’autres moments drôles dans La Mule illustrent le racisme ordinaire pour le dénoncer. Par exemple, quand les voyous mexicains se demandent pourquoi on les regarde de travers dans une gargote pour routiers dans le Vieux Sud, Earl réplique :

Il faut dire que vous êtes les seuls haricots rouges au milieu des crackers.

Racisme ordinaire et fossé générationnel

Ce n’est pas parce que la réplique est drôle que la situation l’est. Eastwood campe un vieux gars représentatif des préjugés de son temps. Le réalisateur est par ailleurs le premier à dénoncer le contrôle au faciès. Un jeune Mexicain se fait ainsi contrôler par la DEA (équivalent de la brigade des stups en France). Il s’inquiète en affirmant que d’un point de vue statistique, il est en train de vivre les 5 minutes les plus dangereuses de sa vie. En effet, il a plus de chances que les autres d’être victime d’une bavure policière. Là aussi, c’est exact. Mais Eastwood est facétieux puisque le mec hésite sur le chiffre statistique. C’est une façon pour lui de se moquer des intellos démocrates. Mais ce personnage dit l’essentiel. Les bavures policières liées au racisme, l’Amérique, hélas, connaît bien.

Toujours avec humour, lorsqu’un flic se met à lui parler en espagnol pour le rassurer, il répond qu’il ne parle pas la langue.

Le hiatus entre Earl et le petit couple d’Afro-Américains sur la route est d’abord générationnel. Si on fait le compte, dans La Mule, Earl fait surtout preuve de préjugés envers la jeune génération. Une génération accro à internet et au téléphone portable ce qui, en soi, est assez vrai. L’insistance sur l’expression « Vous autres » empruntée par lui-même et par Colin Bates, montre bien le fossé générationnel entre les deux. Malgré tout, ce fossé sera comblé par les mêmes soucis et défauts : une obsession du travail au détriment des liens familiaux.

Clint Eastwood et Bradley Cooper font ensemble la promotion de La Mule

Clint Eastwood et Bradley Cooper font ensemble la promotion de La Mule

Earl dans La Mule : un personnage nuancé

 Le personnage est complexe, nuancé, comme dans les meilleurs films. Earl a ses lâchetés, ses paradoxes. Il est dépensier et enchaîne les relations avec des prostituées. Il aime un peu trop l’argent et ce qu’il peut en faire. Mieux, il fait carrément preuve d’hypocrisie devant le flic des stups en prodiguant des conseils sur la vie de famille. 

Earl n’est pas, comme j’ai pu le lire dans certains papiers, un gentil papy blanc abusé par de vilains malfrats mexicains. Il se passe peu de temps avant que Earl se rende compte de ce qu’il transporte. On le voit profiter de l’argent avec plaisir, et continuer de « rouler » pour des criminels dans tous les sens du terme.

Il prend ses responsabilités jusqu’au bout, d’où une fin douce-amère dans le ton délicat d’un film humaniste, comme l’était Gran Torino.

La réalisation, enfin, reste au top. Eastwood se fait plaisir en filmant les grands espaces américains et mexicains. Il sait aussi filmer une scène d’intervention policière musclée, qui n’est pas sans rappeler les scènes d’opération militaire dans American Sniper.

Allez voir La Mule, pour son propos incroyable basé sur une histoire vraie, pour son jeu d’acteurs, pour sa mise en scène exceptionnelle. Le film d’Eastwood est tout simplement le meilleur du moment.

 

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

2 commentaires pour l’instant

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StefaniniPublié le 10:04 - Jan 27, 2019

Je vais voir La Mule samedi avec une de mes sœurs : je vous direz ce que j’en pense
À bientôt
Céline

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