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JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE: LÉA SEYDOUX, L’INSOUMISE

Léa Seydoux dans Journal d'une femme de chambre, de Benoît Jacquot (2015)
Par Sidonie Malaussène
Célestine,
jeune bonne ayant travaillé à Paris, accepte une place en province
chez un couple de bourgeois, les Lanlaire. Traitée avec froideur et
mépris par sa maîtresse, harcelée sexuellement par son maître,
cette  «  Parisienne, » à la grande beauté et à
la vivacité brutale, est révoltée. Elle étouffe dans ce milieu
délétère, empli de rapports de classe brûlants de haine, de
domestiques exploités et soumis. Cette ville de province est
étriquée, malveillante, cruelle et figée.

Léa Seydoux en belle parisienne dans Journal d'une femme de chambre, de Benoît Jacquot (2015)
Léa Seydoux en belle parisienne dans Journal d’une femme de chambre, de Benoît Jacquot (2015)

Une femme double

Léa
Seydoux incarne presque dans tous les plans du film de Benoît Jacquot cette femme à
l’ambiguïté permanente. La scène d’ouverture dans la maison
de placement soulève déjà une énigme. La placeuse, femme
intelligente, s’étonne de l’inconstance de Célestine, et indique qu’elle possède des qualités qui lui permettraient de gravir l’échelle sociale.

Clotilde Mollet dans Journal d'une femme de chambre
Clotilde Mollet dans Journal d’une femme de chambre

Célestine
repousse cette idée, arguant qu’il lui faudrait « avoir
de l’inconduite. »
Elle
verrouille sa propre exploitation et, d’une certaine manière,
n’aura de cesse d’en jouir. Elle dira même « il faut
bien quand même qu’on ait la servitude dans le sang » . Ce
double mouvement est la plus grande force du film. Célestine se sait
exploitée mais ne peut non plus se satisfaire de « bons »
maîtres. Si elle éprouve à juste titre des sentiments haineux, ils sont moins de l’ordre de la révolte sociale que d’un désir d’ascension.
En regard du personnage créé par
Mirbeau, presque du côté de l’abject, Benoît Jacquot
tire l’héroïne vers une psyché tourmentée, qui ne lui permet
pas de se défendre contre son asservissement.
Journal d'une femme de chambre, roman d'Octave Mirbeau
Seule
issue pour Célestine: faire de sa haine le moteur de sa réussite sociale.

Une reconstitution soignée

La
reconstitution soignée et classique de Jacquot tourne autour d’une Léa
Seydou toujours en mouvement, insecte corseté dans sa condition,
agitée de pensées, son intelligence ne lui
servant qu’à souligner le vice de son entourage. Froideur,
cruauté, théâtre nauséeux, peu de personnages échappent à
cette violence sarcastique. Jacquot peint aussi, dans des courts moments de désespoir, un portrait plus sensible que dans le livre.
Un épisode lumineux vient, par
contre, affaisser quelque peu le film: celui du jeune homme malade, joué
par Vincent Lacoste, est maladroit jusqu’à la gêne. 
Vincent Lacoste et Léa Seydoux dans Journal d'une femme de chambre
Vincent Lacoste et Léa Seydoux dans Journal d’une femme de chambre
Si le
casting féminin est extraordinaire, le masculin semble bien faible.
M. Lanlaire, maître harceleur et obsédé, est soumis à son épouse.
Le capitaine, fausse figure joviale, cache aussi un monstre. Vincent
Lindon, enfin, réduit à quelques scènes, n’est pas crédible en
brute épaisse et calculatrice, ni en assassin haineux.
Vincent Lindon et Léa Seydoux dans Journal d'une femme de chambre
Vincent Lindon et Léa Seydoux dans Journal d’une femme de chambre
La
relation, faite de passion et d’intérêt entre animaux de la même
espèce qui se sont reconnus, n’existe pas, ne vit pas, ne vibre
pas, même dans le sordide.
Le
livre d’Octave Mirbeau proposait un tableau psychologique fouillé,
un malaise sociétal violent, rance, réchauffé de vieilles haines.
Dans cette galerie de portraits, l’humanité était dévastée par le vice, et Célestine dansait avec ivresse sur cette
laideur, n’ignorant pas la sienne, jouissant même de sa perversité.

Les
personnages secondaires étaient traités chez Mirbeau avec plus de finesse, et les passions morbides fonctionnaient très bien ensemble. On
était, dans le roman, plus proche de l’esprit de La Cérémonie de Chabrol (1995) que celui de La Règle du jeu de Renoir (1939)

Du film de Renoir émane une légèreté dans le drame, des
personnages attachants, dans un microcosme où « chacun a ses
raisons. » Mais ces raisons ne sont pas dégradantes. Le film
de Buñuel creusait cette même veine: Jeanne Moreau brisait ses
maîtres de son insolence, jouait des vices de chacun. Elle
manipulait les hommes telle une enfant sans morale, les poussant, via
leur désir, à se plier à ses folies. Elle ne souffrait point et
calculait savamment.

Jeanne Moreau dans Journal d'une femme de chambre, de Luis Bunuel (1964)
Jeanne Moreau dans Journal d’une femme de chambre, de Luis Bunuel (1964)

Pamphlet social

Misère
sociale, affective et sexuelle, brutalité économique, bourgeoisie
hautaine et rapace, haine des juifs, ce début de 19ème siècle est
étouffant. On pense à Zola et Flaubert, sans leur humanité.
On est plutôt du côté du pamphlet social que de la
réalité. L’absence totale d’humour
noir, présent dans le roman, crée un monde terrifiant, suffocant, dont on sort
troublé.
L’adaptation
de Benoît Jacquot offre une troisième lecture du livre de Mirbeau,
portée par une interprétation fiévreuse. Incarnée charnellement
par Léa Seydoux, l’incandescente Célestine, dont la vivacité
illumine l’écran, fait de l’ombre à ses partenaires. 

Si, enfin, Célestine est coupable d’une chose, c’est d’insuffler une grande
force au récit. 

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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