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Grâce à Dieu, de François Ozon : ne le dis à personne


3 out of 5 stars (3 / 5)

Ce qu’a dit François Ozon à l’avant-première de Grâce à Dieu

J’ai assisté à l’avant-première de Grâce à Dieu à l’UGC des Halles, où j’ai eu l’occasion d’écouter François Ozon sur la genèse du film et les difficultés qui entourent le projet. Il était accompagné de François Devaux, président de l’association La Parole Libérée.
 

Genèse de Grâce à Dieu

 
J’ai beaucoup écrit sur les femmes, et pour une fois, j’ai voulu parler des hommes. Le témoignage d’Alexandre m’a particulièrement touché. Je me suis intéressé à cet homme qui s’est rendu compte que l’institution de l’Eglise protégeait le prêtre qui l’avait abusé. 
 
D’ailleurs, le premier titre du film était Alexandre, pour ne pas trop attirer l’attention sur ce projet polémique. Parce que j’ai déjà fait plusieurs films, on nous a laissés faire sans trop poser de questions, ce qui nous arrangeait bien (sourire.)
 
Pour ce projet, j’ai effectué un travail de journaliste. Je me suis rendu compte que, pour les victimes de prêtres pédophiles, c’était la double peine. En plus du traumatisme subi, ils devaient faire face au silence de l’Église. L’impact à l’âge adulte est en effet considérable, le retour de bâton cruel.
 
Pour ce qui est du titre Grâce à Dieu, il vient d’une phrase malheureuse du Cardinal Barbarin à Lyon au sujet des affaires pédophiles au sein de l’Eglise :
 
Grâce à Dieu, a-t-il déclaré, les faits sont prescrits.

Grâce à Dieu : comment s’est fait le choix des comédiens ?

J’ai déjà travaillé avec Melvil Poupaud pour Le Temps qui reste.
C’était un acteur judicieux pour le film, car Melvil a la foi et se pose des questions de spiritualité.
 
Quant à Denis Ménochet, il y a une vraie fragilité sous la carapace. Il a même un peu complexé face aux deux autres acteurs (Melvil Poupaud et 
Swann Arlaud, ndlr) (rires).
 
Pour le personnage d’Emmanuel, j’ai choisi Swann Arlaud car j’avais vu Petit Paysan, et j’avais été touché par son côté écorché vif.
 

Quelles ont été les conditions de tournage de Grâce à Dieu ?

Quand on a décidé de tourner à Lyon, on savait que si on s’avançait avec le titre Grâce à Dieu, on aurait pas les autorisations. En effet, le cardinal Barbarin est une autorité religieuse locale. Pour éviter que les portes ne se ferment, on a appelé le film Alexandre et on a proposé un synopsis un peu elliptique à la Claude Sautet : « 3 hommes, la quarantaine, se retrouvent… » (rires dans la salle). On a également tourné tous les scènes d’église en Belgique et au Luxembourg, pour éviter d’avoir à demander les autorisations du diocèse de Lyon, dirigé par le cardinal Barbarin. On savait très bien qu’en passant par le diocèse de Lyon, nous n’aurions pas obtenu les autorisations. Résultat, on a tourné dans de bonnes conditions, car personne n’était au courant de ce qu’on faisait.
 
Ozon a fini sur une note d’humour :
 
Le film sort le 20 février. On espère.
 
En effet, le film sort un mois avant la réouverture du procès. À l’heure où nous écrivons, le juge a autorisé hier (lundi 18 février) la sortie du film en salles ce mercredi, mais cette sortie reste en suspens suite à la plainte de Régine Maire, dont le nom est cité dans le film.

Grâce à Dieu : critique du film

 
Spotlight traitait d’une enquête journalistique sur les prêtres pédophiles aux États-Unis. François Ozon a décidé de traiter la question des prêtres pédophiles par le biais de l’intime.
 
Il a étudié la question et s’est intéressé à trois cas. Trois hommes ont en effet été victimes du même prêtre, Bernard Preynat.
 

Une première partie trop démonstrative

 
Grâce à Dieu dure plus de deux heures. La première partie est trop appuyée et didactique. Certaines scènes en font trop, comme la scène où Alexandre se retrouve contraint de prier en tenant la main du prêtre qui lui a fait du mal. Le fameux passage du Notre Père « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » semble trop douloureux pour Alexandre. Il n’a pas la force de prononcer ces paroles et de regarder le prêtre dans les yeux à ce moment.
 
Melvil Poupaud (Alexandre) dans Grâce à Dieu, de François Ozon (2019)

Melvil Poupaud (Alexandre) dans Grâce à Dieu, de François Ozon (2019)

 
Le passage où le père Preynat, entouré d’enfants, leur fait la lecture du célèbre discours du Christ « Laissez venir à moi les petits enfants » était attendu et s’avère cliché.
 
Le personnage du prêtre, enfin, aurait pu être traité avec plus de nuance et de profondeur : il s’agit en effet d’un homme malade. Si Ozon avait montré la part plus ambiguë du personnage, il aurait obtenu un grand film.
 

Le labyrinthe du silence

 
Enfin, ce film sur le silence – qu’il soit de l’Église ou de la famille – se révèle étonnamment verbeux. La voix off d’Alexandre est quasi omniprésente dans cette première partie. Ajoutez à cela une structure épistolaire, où tous les courriers, manuscrits et mails, sont lus à haute voix.
 
Sur le silence assourdissant de l’Eglise, on préférera le chef d’oeuvre de Costa-Gavras, Amen, où l’omerta concernait le sort des juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. La bande-annonce du film, justement, est sans dialogues :
 
 

 
Dans Grâce à Dieu, Ozon insiste sur l’association La Parole Libérée. 
 
Le nom « la parole libérée » s’oppose à ce labyrinthe du silence que représente l’institution de l’Église. L’ennemi, c’est moins le prêtre pédophile que l’Église en son entier qui protège ses ouailles, y compris criminelles.
 

Une interprétation tout en délicatesse 

 
Cependant, les trois histoires de ces hommes brisés s’entremêlent à merveille pour nous offrir la chronique d’un combat. 
 
Grâce à Dieu vaut surtout pour l’interprétation tout en délicatesse de ses héros. On retrouve avec plaisir Melvil Poupaud, ancien complice d’Ozon. Denis Ménochet revient avec ce rôle grande gueule après son interprétation remarquable du père dans Jusqu’à la garde. C’est une joie, surtout, de retrouver l’acteur de Petit Paysan, Swann Arlaud. Le rôle d’Emmanuel lui sied à merveille.
 
Le cast du film Grâce à Dieu et le réalisateur François Ozon

Le cast du film Grâce à Dieu et le réalisateur François Ozon

 

Un bon film sur les hypocrisies familiales

 
C’est surtout la deuxième partie du film qui a valu à Ozon, je crois, le Grand prix du Jury à Berlin. En effet, le film prend son temps, ce qui n’est pas forcément le cas dans les productions actuelles. Le fait de s’attarder pour de vrai sur ces trois personnages permet au spectateur de témoigner de leurs drôles de liens familiaux. Comme dans Les Chatouilles, l’excellent film d’Andrea Bescond et Eric Métayer sorti récemment, les phrases les plus violentes du film viennent surtout des membres des familles des victimes.
 
À mon sens, la réplique la plus violente vient du frère de François (Denis Menochet), qui veut impérativement partir en voyage avec les scouts. Il déclare devant ses parents et son petit frère :
 
Ce n’est pas grave pour le père Bernard, il ne s’intéresse qu’aux petits.
 
Dans Les Chatouilles, c’était la mère – brillamment interprétée par Karine Viard – qui avait envers sa fille les paroles les plus violentes.
 
Ozon, dans Grâce à Dieu, décortique avec talent l’hypocrisie des familles bourgeoises et catholiques de Lyon dans cette histoire que personne, ou presque, ne souhaite entendre.
 

Courage, Ozon !

 
Quant à la mise en scène de François Ozon, elle reste soignée. Dès le premier plan, de ce cardinal qui observe la ville de Lyon du haut de sa cathédrale, à la toute dernière scène où la caméra filme les trois hommes en phase de reconstruction, Ozon fait preuve de toute sa délicatesse.
 
L'une des affiches de Grâce à Dieu

L’une des affiches de Grâce à Dieu

 
Il faut aussi saluer le courage du réalisateur d’avoir tourné un film sur ce sujet hyper casse-gueule, et de tenter de le sortir juste avant le procès véritable du père Preynat. Grâce à Dieu, malgré ses défauts, restera sans doute un film essentiel.
 
On attend d’autant plus l’issue de ce procès que François Ozon a réussi à nous émouvoir. On s’attache en effet facilement à ces trois hommes en lutte. Le suspense de Grâce à Dieu s’étend dans l’actualité à venir.
 
Affaire à suivre…
 
 
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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