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ENEMY: MON DOUBLE, MES FEMMES ET MOI

Variation sur le thème du double, Enemy nous présente un professeur d’Histoire au terne quotidien, qui s’ennuie à la faculté comme auprès de sa petite amie. Adam Bell, on le devine, rêve de changer de vie.
Jusqu’à ce qu’il découvre l’existence d’Anthony St Claire, acteur de son état, et son sosie parfait. Fasciné par cette troublante ressemblance, Adam voudra rencontrer Anthony à tout prix.

Une bonne idée mal exploitée

Denis Villeneuve tenait là une bonne idée, l’occasion de jouer sur le désir d’une vie transformée, autour de deux « jumeaux » qui échangeraient leurs identités. Mais hélas, si le film est estampillé « thriller fantastique, » il n’est ni palpitant ni magique. Tout demeure très plat, la photographie est grise, les acteurs semblent s’ennuyer (tout comme le spectateur) même si Jake Gillenhaal fait tous les efforts possibles pour rendre crédible ce duo de sosies.
Jake Gillenhaal dans le rôle d'Adam et Anthony
Jake Gillenhaal dans le rôle d’Adam et Anthony
Le scénario est étrange et abscons, de l’introduction pseudo-angoissante au dernier plan absurde. Il y a apparemment un mystère à percer dans Enemy, mais il tombe à plat.
La photographie et la trame peuvent parfois rappeler Le Prestige de Christopher Nolan, sans l’égaler.
Le Prestige, de Christopher Nolan (2006)
Le Prestige, de Christopher Nolan (2006)

Christopher Nolan avait déjà abordé le sujet du double dans la série des Batman. Le rythme de Enemy et son réalisme teinté d’étrange voudrait imiter A Serious Man, des frères Coen (2009) sans lui arriver à la cheville.
Affiche de A Serious Man, des frères Coen
Villeneuve souhaite aussi faire du Lynch sans y parvenir: avec son film à l’interprétation totalement ouverte, il aimerait imiter les films inclassables à choix multiples comme Lost Highway et Mullholand Drive.
Lost Highway (1997) et Mulholland Drive (2001) de David Lynch

Le double en littérature et au cinéma

Le thème du double est aussi ancien que l’art. Tous les artistes, écrivains, peintres, cinéastes, photographes, se sont posés la question du double.
Celui qui l’a le mieux décodée est Edgar Allan Poe. Ses meilleures nouvelles parlent de double, du « Chat Noir » à « William Wilson. »
Histoires extraordinaires de Edgar Allan Poe
Côté français, Maupassant s’était attaqué à la question avec brio dans « Le Horla. »
Le Horla de Maupassant
Le double, c’est à la fois le même et l’autre.
Denis Villeneuve aurait pu proposer une nouvelle version de Dr Jekyll et Mr Hyde. Seule bonne idée du film, on se demande qui est Hyde, puisque les deux personnages se traquent l’un l’autre.

La question de la schizophrénie (Attention spoilers)

Dans la plupart des films sur le double, il y a trois issues possibles: qu’il s’agisse de la même personne (schizophrénie) de jumeaux ou, dans la SF récente, de clones.
Or, rien n’est expliqué sur la ressemblance des deux protagonistes, et leur destin tourne court. 
On peut vaguement pencher pour la schizophrénie, vu l’envie de cet homme de se débarrasser d’un lui qu’il déteste (à l’instar du narrateur dans Fight Club.)
Fight Club, de David Fincher (1999)
Fight Club, de David Fincher (1999)
L’affiche canadienne de Enemy peut éventuellement nous éclairer quant à la signification du film.
Affiche originale (canadienne) de Enemy
L’esthétique de cette affiche se rapproche de celles des films psychologiques de Bergman ou leur reprise par Woody Allen. D’après l’image, tout se déroulerait dans l’esprit d’Adam / Anthony. 
Cependant, des incohérences demeurent. La scène où l’épouse enceinte rencontre Adam n’est pas logique. Elle parvient, tout de suite après, à joindre Anthony au téléphone à leur domicile. Si tout se passe dans la tête d’Adam, cela n’a pas de sens. En effet, si l’épouse voit Adam mais parle à Anthony au téléphone, la schizophrène, c’est elle. 

Une araignée au plafond

Si l’on se fie à la psychanalyse, l’araignée (image récurrente dans le film) représenterait le sexe féminin.
La ville de Toronto à la merci d'une araignée géante fantasmée dans Enemy de Denis Villeneuve
La ville de Toronto à la merci d’une araignée géante fantasmée dans Enemy de Denis Villeneuve
Or, Adam est cerné par les femmes. L’une qu’il évite (sa mère, superbe Isabella Rossellini) l’autre avec qui il s’ennuie (Mélanie Laurent) et une femme enceinte (Sarah Gadon) qui le retient dans une existence qui lui déplaît.
L’araignée écrasée en début de film symboliserait le souhait d’Adam de castrer la femme. L’araignée incarne souvent la mère possessive qui, en voulant protéger ses petits, les englue dans sa toile. La mère d’Adam est en effet castratrice (voir la scène du dialogue où elle rabaisse son fils.)
 Jake Gillenhaal et Isabella Rossellini dans Enemy
 Jake Gillenhaal et Isabella Rossellini dans Enemy
L’araignée géante qui remplace la femme enceinte, en fin de film, serait une veuve noire, celle qui tue le mâle une fois qu’il l’a fécondée.
L’arachnide, plus généralement, symbolise l’état dépressif, et cela semble être le cas d’Adam, qui a carrément une araignée au plafond.
Adam voudrait se libérer des femmes (qui l’ont piégé dans leur toile d’araignée respective) sans y parvenir: il évite sa mère au téléphone, tue sa petite amie en voiture, mais se laisse finalement dévorer (ou retenir prisonnier) par la femme enceinte.

La double vie d’Adam


Il est également possible qu’Adam ait un sosie. Le destin funeste d’Anthony permettrait à Adam de changer de vie, et d’adopter celle d’un acteur bohème, et bientôt père.
Sarah Gadon, enceinte dans Enemy
Sarah Gadon, enceinte dans Enemy

Enfin se pose la question de la double vie. Cela expliquerait la colère de Mélanie Laurent en découvrant la marque de l’alliance sur l’annulaire d’Anthony : son compagnon serait marié à une autre, enceinte de lui, et l’aurait prise comme maîtresse.
Mélanie Laurent et Jake Gillenhaal dans Enemy
Mélanie Laurent et Jake Gillenhaal dans Enemy

L’éternel retour


Enemy affiche araignée

Autre affiche, autre « clé » du film: la fameuse clé du club de strip-tease que l’on voit en début et fin de trame, tout comme l’araignée. En un mot, une épanadiplose (une quoi ?

Diplos, en grec, c’est justement le double. La fin du film rappelle ironiquement le début. On quitte – ou pire, on tue – une « gentille » araignée (la maîtresse Mélanie Laurent) pour se retrouver face à une araignée monstrueuse, la femme enceinte, qui elle, est une veuve noire. Adam / Anthony fait face à l’ironie du destin, sorte d’éternel retour dont il parle dans son cours d’Histoire au début du film.

Un « thriller » qui tombe à plat

Malheureusement, on attend pendant une heure trente qu’il se passe quelque chose, une scène-clé, une fin qui dévoilerait le pourquoi de l’intrigue, mais rien ne vient. 
D’autres films ont une fin indécidable, et sont bien meilleurs, notamment Inception, du même Christopher Nolan, au scénario troué mais que la mise en scène rend haletant. Les interprétations multiples, dans le film de 2010, sont jubilatoires. Les spectateurs sortaient de la salle dans des conversations animées.
Affiche de Inception, de Christopher Nolan
Dans Shutter Island (où l’on retrouve Leonardo di Caprio) la double interprétation tient au génie de Scorsese: plusieurs scénarios sont possibles, le film détient deux niveaux de réalité. On sort de la salle le cerveau scindé en deux: le héros, fou ou pas ? Les deux logiques se tiennent, se défendent, s’argumentent.
Affiche de Shutter Island, de Martin Scorsese
On en est loin dans Enemy, qui ne cesse de se contredire. Surtout, pendant le film, on s’ennuie ferme.
A croire que 2014 est l’année des thrillers soporifiques.
On peut aussi se demander si le film de Villeneuve, qui ne voit que des femmes-araignées, n’est pas résolument misogyne. 
Reste le charme des femmes, justement, Mélanie Laurent et Sarah Gadon. Sarah Gadon est adepte des films à interprétation, puisqu’il s’agit d’une muse de Cronenberg. Elle jouait notamment dans Cosmopolis, autre film à déchiffrer, et plus récemment dans Maps to the Stars. A noter, la performance convaincante d’Isabella Rossellini (fille de Roberto Rossellini et Ingrid Bergman) dans le rôle de la mère d’Adam.
Il existe de nombreux autres films sur le double qui sont fascinants, drôles, ou instructifs.
Vous pouvez aller voir Enemy, cependant, pour goûter au plaisir de l’interprétation multiple.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

10 commentaires pour l’instant

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Jean-Pascal MatteiPublié le 8:59 - Août 4, 2014

Puisque vous évoquez Cronenberg, celui-ci disait déjà (presque) tout sur la gémellité, les troubles de la perception et les femmes 'destructrices' dans son magnifique mélodrame médical "Faux-semblants", où Jeremy Irons incarnait un duo de jumeaux gynécos perturbés par une actrice nommée Claire Niveau (toujours excellente Geneviève Bujold), le triangle amoureux s'achevant en pietà masculine…

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    MarlaPublié le 9:23 - Août 4, 2014

    Oui, je vais justement regarder faux Semblants cet après-midi ! Depuis le temps ! en plus, j'adore Jeremy Irons. Le film est cité dans la liste que j'ai indiquée en lien dans l'article. Apparemment, un classique du genre.

    A bientôt !

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AnonymePublié le 5:38 - Août 9, 2014

Je n'aurais pas été jusqu'à ériger en référence des films aussi fades que ceux de Nolan (son œuvre la plus acceptable étant memento, même si le casting est épouvantable) et son poulain Bale (seuls bons rôles connus: the machinist et the fighter, le reste relevant du pur divertissement). De manière générale dans l'art, au contraire de l'artisanat, le sens a moins d'importance que le ressenti, et ce que j'ai aimé dans ce film c'est ça: une atmosphère fantastique et pesante et juste ce qu'il faut d'opacité. Un excellent casting et le jeu toujours aussi fantastique de Gyllenhaal. Ca ne ressemble pas a du préfabriqué à la Shutter Island ou on donne du tout cuit au spectateur: choisissez entre l'option A ou l'option B, absence de nuance totale ! C'est un bon divertissement, mais ça s'arrête là, c'est ce que fait Scorcese depuis 20 ans…

Je vois Enemy comme un juste milieu entre un divertissement à la Shutter Island et un ovni lynchien. Il y trouve sa place.

Deux autres films comparable en terme d'ambiance et ratio opacité/transparence: La Moustache (Emmanuel Carrère, avec Lindon et Devos) et Donnie Darko bien sûr.

Effectivement faux-semblants est une référence majeure (le petit truc d'Irons pour différencier des personnages si semblables et si différents: il mettait son poids sur la pointe des pieds pour imprimer assurance et tonicité au jumeau dominant, et sur le talon pour accentuer l'affaissement et la soumission du jumeau dominé).

Alexandre.

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    MarlaPublié le 12:39 - Août 10, 2014

    Bonjour Alexandre,

    Merci pour votre commentaire argumenté.

    Je ne pense pas que Le Prestige soit un grand film, mais il est réussi dans son genre et divertissant. Inception possède de sublimes scènes (comme l'architecture changeante de la ville dans le rêve d'Ellen Paige) et exerce un certain pouvoir de fascination sur le spectateur. J'aime beaucoup Memento, y compris son casting (le choix de Carrie-Anne Moss est judicieux.)

    Christian Bale a tout de même livré une performance très convaincante dans American Psycho (2000) et il choisit plutôt bien ses rôles, dans des films de qualité: il jouait le jeune journaliste dans Velvet Goldmine, a incarné Demetrius dans Le Songe, et a même joué dans l'excellent Swing Kids.

    En effet, Villeneuve ne fait pas dans le préfabriqué. Son film est un vrai film d'auteur. Cependant, "Enemy" n'a pas l'envergure des films contemplatifs de Lynch, sa mise en scène est trop plate et le rythme trop lent pour avoir l'efficacité des films de Nolan ou Scorsese.

    Nous ne devons pas avoir les mêmes goûts en cinéma, j'ai détesté "Lz Moustache" !

    J'ai entendu beaucoup de bien de Donnie Darko, mais je ne suis pas sûre d'être fan de Richard Kelly, son réalisateur: il a tourné "The Box" en 2009, qui n'était qu'une pâle reprise d'un très bon épisode de La Quatrième dimension, "Button, Button."

    Je vous rejoins, cependant, sur le talent de Jeremy Irons.

    Merci de votre contribution et à bientôt !

    Marla

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Mathieu BeaudelinPublié le 10:44 - Août 23, 2014

Ok je ne sais pas si mon commentaire va arriver ou s'est perdu, et comme je n'ai pas envie de tout réécrire… je renvoie juste ce lien, qui pour moi est à lire absolument !!! (après avoir vu le film bien sûr…)

http://cinerama7art.com/2014/05/30/enemy-explication-et-decryptage/

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AnonymePublié le 11:23 - Sep 21, 2014

La fin d'Inception n'est pas du tout indécidable…
Il est trop tard pour moi pour faire de la paraphrase, mais il existe des analyses à ce sujet sur le net,
bien que de manière logique et intuitive celle ci est facilement compréhensible.

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AnonymePublié le 9:02 - Jan 21, 2015

Un détail, vous dîtes dans l'article que la femme enceinte parle a Anthony au téléphone alors que Adam est en face de lui, ce n'est pas entièrement vrai, car quand il décroche Adam est déja entré dans la fac..je m'en rappelle , c'est un moment que j'ai trouvé suspect dans le film, car si l'auteur voulait bien nous montrer que adam et anthony ne sont pas les mêmes personnes, il nous l'aurait prouvé plus nettement, or je crois plutôt que l'inquiétude de la femme vient du fait que son mari est complêtement schizophrène.

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