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DHEEPAN: TU ES DE MA FAMILLE

Par Sidonie Malaussène
La
première image de Dheepan est celle d’un soldat seul, vaincu, qui
enterre son unité et s’enfuit. À L’image suivante, une jeune femme
cherche un enfant dans un camp de réfugiés. Elle trouve une jeune
fille et l’amène sous une tente. Les trois personnages se font
passer pour une famille et demandent le statut de réfugiés
politiques.
Le
combat du héros est loin d’être fini. Dheepan de Jacques Audiard
est un film ou l’on cavale, à l’image du héros, derrière le
sens des choses.
Un
nouveau départ ?

Ils
sont finalement débarqués dans une cité où Dheepan deviendra
gardien. On lui explique, il ne comprend rien. Seule la jeune fille
parle quelques mots de français. Les voici tous trois enfermés, à
la fois dans le secret de leur fausse famille, et dans une cité où
la loi est celle des dealers. Mais la vie doit continuer à tout
prix. Personnage majeur : la femme embarquée dans cette
tromperie. Elle ne rêve que d’Angleterre, d’y rejoindre sa
cousine. Elle est peut-être celle à qui le mensonge pèse le plus.
Dheepan se reconstruit comme il le peut, dans un monde
incompréhensible où lui, enfant-soldat tamoul, doit cacher ses
crises d’angoisse liées à un stress post-traumatique.
Le
bruit et la fureur

Tout
le film se déroule dans une réalité à plusieurs niveaux. Audiard
fait preuve de réalisme (hall fouillé, petits truands omnipotents.) 
En même temps, il nous propose une vision éloignée du réel. Une
scène très forte souligne cette narration particulière:
Dheepan et sa femme regardent les petits dealers faire régner le
bruit et la fureur. Le couple regarde à travers une vitre et la
femme déclare : « on dirait la télé. » Audiard
nous renvoie ainsi à notre interprétation de toutes les images, y
compris celles de l’œuvre que nous voyons en salle.
On
ne naît pas famille, on le devient

Les
rapports se tissent peu à peu au sein de la famille. Le faux couple
évoluera, au fil des colères, des conflits, des fuites.
Graduellement, le mensonge protecteur se change en choix.
Entre
les menaces d’un ex- tigre tamoul et celles des dealers, Dheepan va
tenter de résister, ultime tentative de mettre la violence à
distance. Écrasé par sa condition où il a tenté d’être
exemplaire, il se plie aux règles des dealers qui font la loi dans
la cité, jusqu’à ce qu’une menace sur sa femme le fasse passer à
l’acte. Cette partie explosive est volontairement peu crédible
est distanciée, quasi onirique. Cette zone oubliée de la justice et
de la police (une constante du film) évoque davantage la condition
humaine qu’une critique des territoires abandonnés de la
République, même si ce sous-texte existe à la marge. La fin, quant
à elle, tient presque du fantasme.
Une
tension permanente


Il
s’agit d’un récit en tension permanente, très habité par des
non-acteurs extraordinaires. La présence physique, la puissance
corporelle et le mystère de Dheepan crève l’écran. Sa « femme, »
d’abord butée, évolue peu à peu vers un personnage plus
fin. C’est aussi un récit abondant: les signes s’y multiplient à
l’infini, on ne cesse de s’interroger. On a déjà envie de revoir ce dernier Audiard pour découvrir ce qui
nous a échappé. 
La narration est surchargée, pareille à l’esprit de ces migrants, confronté de
nouveau à la dureté extrême. Reprendre son souffle n’est jamais permis.
Comme atteint du syndrome d’Asperger, Dheepan peut tout
vivre, tout supporter, créer l’illusion des relations humaines,
mais semble coupé des autres hommes. Seul le trio qu’il a formé
pour survivre et avancé le fera rejoindre cette part d’humanité
qu’il a connue puis perdue.

Dheepan
est à voir absolument, tant pour sa richesse narrative que pour la
finesse des portraits. Le film tient les émotions à distance, quand
le récit captive. Une réussite, avec un gros bémol pour le règlement de compte final.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !


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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

2 commentaires pour l’instant

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AnonymePublié le 10:38 - Sep 16, 2015

Je ne partage pas vraiment l'enthousiasme de ce billet pourtant bien écrit, j'avoue ne pas comprendre sa Palme d'or et tout ça. Le film est pour moi réussi en ce qui concerne la mise en scène, les acteurs et effectivement dans sa vision de la famille et de l'exil. Par contre, je ne comprends pas trop le délire tapé par Audiard sur les banlieues et j'ai détesté la fin. Enfin, j'ai surtout trouvé que ce film manquait d'émotion.

    Avatar

    MarlaPublié le 9:28 - Sep 19, 2015

    Je suis de ton avis. Le papier de Sidonie est convaincant, du coup, je l'ai publié, mais j'ai failli écrire moi-même un texte très critique sur le film…

    Je le trouve caricatural sur les banlieues et leurs habitants, je pense que c'est typiquement un film cannois: les riches regardent les pauvres et croient les connaître…

    Bref, ça m'a foutu en rogne.

    Bises quand-même 😉

    Marla

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