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CRIMSON PEAK: LA ROMANCE GOTHIQUE DE GUILLERMO DEL TORO

2 out of 5 stars (2 / 5)

L’ombre de Tim Burton

En voyant l’affiche puis la bande-annonce de Crimson Peak, je me suis dit: « pourvu que Guillermo del Toro ne tombe pas dans le travers de Burton: se faire plaisir avec un film très esthétique sans se soucier suffisamment du scénario. » Dark Shadows, en cela, m’avait profondément déçue.
Si vous considérez les deux affiches, Eva Green semble avoir été remplacée, dans Crimson Peak, par Jessica Chastain. Le goût pour les brunes à peau pâle et en robe rouge, on le doit à Edgar Poe. Corman les aimait aussi.
Madeline (Myrna Fahey) dans La Chute de la maison Usher, de Roger Corman (1960)
Madeline (Myrna Fahey) dans La Chute de la maison Usher, de Roger Corman (1960)
Le Johnny Depp de Dark Shadows, quant à lui, est remplacé par Tom Hiddleston. Del Toro a même piqué à Burton son Alice.
Mia Wasikowska dans Alice au Pays des merveilles, de Tim Burton (2010)
Mia Wasikowska dans Alice au Pays des merveilles, de Tim Burton (2010)
Pour les affiches étrangères, elles évoquent l’esthétique bleue et rouge de Dario Argento.

Guillermo del Toro voit rouge

Blondeur angélique pour l’une, sombre mystère pour les deux autres, Del Toro reprend tous les topos de la littérature gothique dans son nouveau film. Crimson Peak (sommet pourpre, en anglais) s’approprie aussi le rouge sang des romances d’Ann Radcliffe et autres pionniers du roman d’horreur. La célèbre Lettre écarlate jouait sur la même idée.
La lueur des chandelles, autre cliché du genre depuis Edgar Poe, a été remise au goût du jour par différents cinéastes, notamment Roger Corman, mais aussi dans le chef-d’oeuvre Les Innocents.
Ces chandelles rappellent aussi la flamboyante adaptation de Dracula par Coppola en 92.
Le comte Dracula (Gary Oldman) et Mina (Winona Ryder) dans le film de Coppola (1992)
Le comte Dracula (Gary Oldman) et Mina (Winona Ryder) dans le film de Coppola (1992)

Vous avez dit « gothique » ?

Flamboyant, c’est bien le mot qui convient pour Crimson Peak. Hélas, les costumes et décors ne suffisent pas. La photo est splendide mais l’originalité manque.
Est-ce moi qui ai trop lu de romans gothiques dans ma jeunesse ? Le manoir des Sharpe a tout du château de Udolpho d’Ann Radcliffe, avec son sombre propriétaire, et une jeune innocente qui découvre les lieux. L’innocente en  question, chez Radcliffe comme chez del Toro, a peut-être trop lu d’histoires de fantômes. L’héroïne de del Toro a au moins le mérite d’en écrire.
Doit-on se moquer de ce personnage, comme on souriait à la naïveté de Catherine Morland chez Jane Austen ? Elle aussi avait trop lu de romans gothiques et imaginait des choses étranges une fois dans le château d’un gentleman.
Edith Cushing, chez del Toro, n’a pas seulement une imagination fertile. Dommage que les fantômes du film soient en CGI, et que cela se voit à l’écran.

Crimson Peak: flamboyant mais peu original

L’esthétique est parfaite, peut-être trop, ce qui donne à l’ensemble un air maniéré et finalement surfait, tant le scénario manque de surprise.
Le nom « Sharpe » pour les frère et sœur est un peu facile: « sharp » signifie « tranchant » en anglais, et l’on imagine vite le « couple » manier avec  aisance la lame d’un couteau.
Guillermo del Toro, en résumé, se fait plaisir, avec de jolis costumes et de bons acteurs qu’il promène dans son décor. C’est dommage. Le cinéaste connaît si bien les codes du genre gothique qu’il aurait pu les détourner et nous offrir un film étonnant et drôle. Hélas, la maison hantée ne casse pas de briques. Le sommet écarlate n’a rien d’un sommet.
D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

1 commentaire pour l’instant

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AnonymePublié le 10:34 - Oct 25, 2015

Bel article ! Je vois aussi planer dans ce film l'ombre de La maison du diable de Wise et le côté gothique de certains films de Mario Bava (Le masque du démon, notamment : http://wp.me/p1dhwb-14) dont Tim Burton s'était aussi inspiré.
Quelle tristesse de voir ce cinéaste aller jusqu'à mal plagier son fantôme de L'échine du diable !
Une vraie déception !
Marcorèle (Cinéluctable)
Marcorèle

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