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CHILD OF GOD: LA FOLIE SELON JAMES FRANCO

« Enfant de Dieu, » titre
ironique pour conter l’histoire d’un meurtrier nécrophile.
Voilà le sujet-choc que
nous propose James Franco pour son nouveau film. Original, tant par
la trame que par la forme, superbement tourné et interprété, Child
of God
, à cause de son thème, peut-être, a pourtant fait un flop Outre-Atlantique.

Une réalisation
audacieuse

Dès le premier plan, le
jeu de Scott Haze est terrifiant. 

Scott Haze (Lester) dans Child of God, de James Franco (2014)
L’acteur porte le film de
bout en bout. Si son jeu était moins bon, l’ensemble tournerait au
ridicule. Si la réalisation était moins maîtrisée, le film
tomberait dans le sordide.
Or, James Franco nous
offre une réalisation audacieuse, au réalisme cru, façon caméra
au poing, qui rappelle parfois la caméra amateur. 
Les plans en
contre-plongée sont dignes des plus beaux westerns. Les plans d’ensemble,
le bel usage de la caméra subjective, le montage et les ellipses
(écrans noirs) rythment le film de façon inattendue. 
Le sens de la
lumière et de la mise en scène évitent tout sensationnel, tout
dégoût du spectateur. L’obsession de la lumière parfaite
évoquerait même Bergman. Certains plans, comme la femme dénudée au
début du film et les panneaux pour indiquer la trame,
rappellent les films muets et les BD façon western.
Blueberry, le cavalier perdu par Charlier et Giraud (1968)
Le sens de l’espace dans Child of God est à la hauteur
des meilleurs road movies. 
À propos de route, on ne s’étonne pas de
découvrir que Child of God est à l’origine un roman, du même
auteur que The Road, Cormac mc Carthy.
La dystopie adaptée au cinéma
possédait une photographie plus grise, plus monochrome. On trouve
dans les deux œuvres la lutte d’un homme pour sa survie.

Affiche du film The Road, de John Hillcoat (2009)

Chers frères Coen

La photographie ressemble
à celle des frères Coen, notamment dans No Country for Old Men

et à celle de Tommy Lee Jones pour Trois Enterrements

Mais
l’image de Child of God est plus sobre, dans les tons froids,
quand le film des frères Coen et celui de Jones étaient plus
solaires, et se rapprochaient du western traditionnel. On reconnaît
aussi des frères Coen ce qui était moqué dans Fargo :
l’incompétence des policiers locaux et leurs conversations creuses.

BA de Child of God:


C’est à Christina Voros
que l’ont doit la splendide photographie de Child of God. Elle
avait œuvré pour 127 heures de Danny Boyle et Tandis que j’agonise,
déjà en collaboration avec James Franco.

Une peinture abrupte
de l’Amérique profonde

En adaptant Faulkner,
James Franco faisait déjà preuve d’un goût prononcé pour
l’Amérique profonde, sa dimension abrupte et inhospitalière. 

Child of God témoigne d’un vrai travail sur la langue :
l’accent de l’Alabama, son argot, ses formes contractées (la
négation, notamment) rien n’est laissé au hasard. Oubliée, la caricature de la Virginie dans Blue Ruin. Après la Pontiac bleue du film de Jeremy Saulnier, on découvre une Pontiac rouge et blanche, où Lester rencontre sa première
victime.
La première scène
révèle l’une des grandes obsessions américaines : le droit de
propriété, évoqué aussi dans The Homesman, toujours de Tommy Lee Jones. La bande originale country évite toute caricature. Quelques
notes de banjo suffisent, comme il ne fallait à Steinbeck que
quelques mots pour croquer un personnage, le décor, l’atmosphère de
l’Amérique de son temps.
Traduction française du roman de Steinbeck, Des Souris et des hommes, dont l’édition originale date de 1937

La démence émouvante

La performance extraordinaire de Scott
Haze rappelle celle de Kevin Bacon dans Meurtre à Alcatraz :
il parvient à exprimer tous les degrés de la folie. Son
humanité, sa vérité crèvent l’écran.
Il arrive à rendre Lester attachant
dans sa démence. Demeuré et violent, fragile et perdu, le mot child
du titre est à prendre au sens littéral. La scène des peluches est très révélatrice. James Franco nous explique par l’image
que le psychopathe traite les objets comme des gens, et les gens
comme des objets. Il faut déshumaniser l’autre pour lui tirer
dessus, c’était l’une des leçons apprises dans le Full Metal Jacket
de Kubrick.
Lester est nécrophile.
On assiste, dans une réalisation sans fard, à ses ébats sexuels
avec les jeunes femmes qu’il assassine. On se surprend, et c’est le
génie du film, à comprendre le personnage plutôt que le juger,
tant James Franco nous fait entrer avec finesse dans sa psychologie. 
Lester joue à la poupée avec ses victimes, et prend ses peluches
pour des personnes véritables.
Attention Spoilers [Il les choie, les aime, les habille.
Si bien que, quand il perd l’une de ses victimes et l’un de
ses jouets en peluche dans un incendie, on éprouve la sensation
qu’il a perdu une femme et un fils. Le film, cependant, ne cherche
pas d’excuses au protagoniste. En fin de film, il est présenté en Barbe-Bleue
moderne, dans une caverne au noir bleuté où il aligne ses
victimes.]

Un film dérangeant

Certaines scènes sont
presque comiques, d’autres touchantes. Le film
est dérangeant car il met le spectateur face à ses paradoxes. On se
surprend à s’attacher à Lester, le pervers, celui que la presse et
la télévision nous feraient haïr sans effort. Plutôt qu’en
prédateur (terme souvent utilisé dans les médias pour qualifier un
psychopathe) Lester apparaît en animal traqué. On suit, avec
émotion, la trajectoire d’un homme brisé, et l’on assiste,
impuissant mais quasi solidaire, à ce que la solitude peut faire aux
Hommes.
Child of God, bien sûr, n’est pas à conseiller à tout le monde. Mais si vous voulez voir un film qui allie l’audace des plans et un scénario original, un sujet rare et difficile traité avec talent, allez voir ce nouveau film de James Franco.
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

2 commentaires pour l’instant

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ronniePublié le 8:02 - Oct 19, 2014

Le sordide one-man show du saisissant Scott Haze n'est pas à mettre devant tous les yeux …..

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