Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait.

Archives de catégorie SÉRIES

Black Mirror, « Hang the DJ »: analyse et explication de la fin (spoilers)

3 out of 5 stars (3 / 5)

Rencontrez Amy et Frank dans un restaurant aseptisé choisi pour eux par « le système ». Le système, c’est Coach, équivalent à peine voilé de Tinder, application de rencontres amoureuses.

Love me Tinder

D’emblée, Amy et Frank sont sympathiques. La maladresse de l’un, le sourire amusé de l’autre, et voilà que débute un blind date des plus charmants. Mais ce rendez-vous a une date d’expiration. Ce n’est pas un bon mot de ma part, c’est sa véritable appellation.

Au début du rendez-vous, il est d’usage que les deux « candidats » vérifient à l’unisson combien de temps ils sont censés passer ensemble.
Oui, on est loin du speed dating de 7 minutes. Coach, en plus de vous caser avec quelqu’un qu’il pense être votre âme sœur possible, vous impose de rester avec pendant dans un temps donné.

Pas de chance pour Frank et Amy : le temps imparti est de 12 heures.

12 heures pour se connaître, dîner, et éventuellement passer au lit.

Cette première rencontre, bien que non consommée, marquera durablement les deux protagonistes, et le spectateur.

Black Mirror est une série dystopique. Habituellement, elle fait violence au spectateur, et nous dit ce que la technologie peut faire non pas pour nous mais contre nous.

Bientôt sur Netflix : Osmosis

Je m’attendais, en bonne fan de Black Mirror et de dystopie en général, à une fin terrible où on nous expliquerait à quel point il est dangereux d’ouvrir son esprit et ses émotions à une entreprise privée.

À quel point il est risqué qu’une machine décide pour nous de notre destin amoureux.

Il faut dire que je venais de voir la bande-annonce d’Osmosis, nouvelle série prochainement proposée par le même Netflix.

Même ambiance que pour Les Revenants : c’est d’ailleurs l’une de ses scénaristes qui propose cette nouvelle série.

Voyons le pitch que nous propose AlloCiné :

Paris, dans un futur proche. La technologie a repoussé les frontières de l’imaginable en déchiffrant le code du véritable amour. Grâce aux données de ses utilisateurs obtenues via des micro-robots implantés dans leurs cerveaux, la nouvelle application « OSMOSIS » garantit avec certitude de trouver le partenaire idéal, et transforme le rêve ultime de trouver l’âme soeur en réalité.

Mais y a-t-il un prix à payer lorsqu’on laisse un algorithme choisir l’homme ou la femme de notre vie ? Quand en échange de cet amour éternel, la technologie peut accéder aux recoins les plus intimes de notre esprit, et à nos souvenirs les plus secrets…

La question de l’utilisation par une machine de vos souvenirs les plus secrets sera davantage exploré dans « Crocodile », épisode 3 de cette saison 4 de Black Mirror.

Je m’attendais donc, avec Hang the DJ, à un réquisitoire contre un Tinder effrayant qui en saurait trop sur ses utilisateurs.

Coach, machine pensante

Charlie Brooker nous propose autre chose, pour une fois. Coach est une machine ultraperfectionnée qui analyse – pour votre bien, cette fois – vos émotions, votre pensée et votre façon d’agir. Avec toutes ces données intimes, Coach élabore un système complexe pour trouver votre âme sœur.

Amy et Frank sont ainsi séparés au bout de 12 heures. Plutôt que de rester ensemble alors que la soirée s’est bien passée, ils obéissent à la machine, pour leur malheur. Amy se retrouve avec un bellâtre prétentieux, et Frank se retrouve avec une mégère. Amy en a pour neuf mois, et Frank en a pour un an.

Vous avez remarqué que j’en parle comme s’il s’agissait de mois à passer en taule ? C’est peu ou prou ce qui se produit.

La machine pense, et vous fait penser. Elle analyse votre façon d’être dans une situation désagréable. Comment réagissez-vous et qu’apprenez-vous d’une relation qui vous convient pas, ou d’une série de bellâtres qui vous baisent sans proposer grand-chose d’autre ? La machine enregistre tout cela et, d’une façon très complète… vous connaît.

Ce qui intéresse la machine – et le spectateur – c’est si Amy et Frank pensent l’un à l’autre tandis qu’ils sont en couple ailleurs.

Le couple forcé en dystopie

Si « Hang the DJ » est encourageant et même optimiste (terme incroyable à utiliser pour Black Mirror), il propose tout de même une atmosphère oppressante, où les individus sont sommés d’être en couple.

Cette ambiance rappelle l’excellent film sorti récemment, The Lobster. Dans ce film, les célibataires se cachent. Seuls les couples sont bienvenus et acceptés en société. Du coup, les célibataires sont en danger. Tous se retrouvent dans un centre effrayant où ils disposent d’un temps limité (encore) pour trouver l’âme sœur.

Colin Farrell dans The Lobster de Yorgos Lanthimos (2015)
Colin Farrell dans The Lobster de Yorgos Lanthimos (2015)

Dans 1984 de George Orwell, les couples sont mal vus, au contraire. Le sexe est considéré comme une force qui peut réduire en miettes le Parti en place.

Chez Huxley dans Le Meilleur des mondes, tout le monde appartient à tout le monde. Le sexe est nécessairement consenti, ou s’il ne l’est pas, un petit antidépresseur (appelé Soma) et tout est oublié.

Le couple est toujours une question épineuse en dystopie. Le couple de nerds au cœur de l’épisode « Hang the DJ » rappelle justement ces âmes sœurs de convenance mises en scène dans The Lobster.

Edna et Mike, couple heureux dans "Hang the DJ"
Edna et Mike, couple heureux dans « Hang the DJ »
Toujours côté séries, on remarque dans le récent The Good Place que les élu.e.s du paradis sont nécessairement en couple, l’une des normes effrayantes de ce ciel où un peu de chaos est bienvenu.

Le monde de Charlie

« Hang the DJ » apparaît – dans la saison 4 de Black Mirror, et dans la série dans son entier – comme une bouffée d’air frais. D’aucuns y verront le pendant du « San Junipero » de la saison 3, pour son romantisme et sa fin apaisée. Enfin une histoire qui finit bien dans le monde de Charlie Brooker !

Enfin un épisode qui croit non pas à la dégénérescence de l’humanité mais à la force du destin. Ne vous en faites pas, quand Brooker parle de destin, c’est forcément avec ironie. Le Coach, qui n’est jamais qu’une machine, répète à l’envi un proverbe bien connu des anglo-saxons :

« Everything happens for a reason. »

« Rien n’arrive au hasard. »

Cette déclaration est d’une ironie savoureuse, quand on sait que c’est la machine qui décide pour les hommes. Il y a un peu de Cocteau chez Brooker, apparemment.

Surtout, d’un point de vue métatextuel, c’est le scénariste qui décide de tout : si rien n’arrive au hasard, c’est que tout est écrit, au sens littéral.

Explication de la fin de « Hang the DJ » (Attention Spoilers)

La machine Coach joue donc le rôle du destin : Frank et Amy se rencontrent une première fois, puis une seconde alors qu’ils sont malheureux en couple, et le destin semble leur dire : « Qu’attendez-vous pour finir ensemble, chers imbéciles ? »

En effet, le « destin » fait que leurs routes se croisent à plusieurs reprises.

Là où Coach a du génie, c’est dans son imitation de la vie elle-même : tous ceux qui ont vécu en couple avec quelqu’un qu’ils détestaient se reconnaîtront, tous ceux qui ont enchaîné les aventures sans lendemain aussi.

Dans la dernière partie de « Hang the DJ », Frank et Amy sont promis à quelqu’un d’autre. Ils choisissent tous deux de se revoir la veille de leur mariage.

Là encore, un parallèle peut être établi avec la vie réelle : en cas de mariage arrangé, il faut beaucoup de courage aux deux amants pour défier les conventions et s’enfuir. Faire le mur ensemble, en somme.
La machine cherche à savoir si Frank et Amy sont faits l’un pour l’autre. Seraient-il prêt à se révolter, à quitter, dans tous les sens du terme, le système au nom de l’amour ? Comme dans toute dystopie (je suis obsédée, je sais) il existe un mur, et dans « Hang the DJ », il sépare le monde utopique du monde réel, réputé plus effrayant. Quiconque le franchit est banni.

Coach est en réalité un immense test pour évaluer l’amour des individus. Se rebeller, c’est franchir le mur, ce que font Frank et Amy, pour la millième fois ou presque.
A ce moment, le scénario devient complexe : les Frank et Amy que nous avons vus n’étaient que des programmes, des versions numériques d’eux-mêmes, testées par la machine pour voir si les personnes véritables seraient heureuses en couple. Ces clones sont là pour la bonne cause, contrairement aux clones torturés de l’épisode « White Christmas » et ceux devenus les jouets d’un fan de SF dans « USS Callister ».
Mais revenons à « Hang the DJ » en images :
  
Ces deux plans se succèdent quand Amy et Frank ont franchi le mur : sur 1000 simulations, ils se sont rebellés 998 fois, signe de leur amour insubmersible. Résultat : 99.8% de chances que ça colle entre eux dans la vraie vie. Voilà pourquoi Amy voit ceci sur son portable avant de rencontrer Frank pour de vrai :

L’appli la prévient qu’elle va rencontrer l’homme de sa vie (c’est pas beau, ça ?)

A la fin de l’épisode, nous témoignons donc de sa rencontre réelle avec Frank, dans un bar où la chanson « Panic » des Smith (groupe rebelle si l’en est) passe à la radio avec son refrain, « Hang the DJ ».

Dans le vers de la chanson qui donne son titre à l’épisode, on peut de nouveau remarquer un clin d’œil métatextuel : le DJ, c’est celui qui décide de la playlist, organise la soirée, et décide l’ambiance.

Coach était ainsi le DJ d’Amy et Frank, grand organisateur qui aura décidé de leur rencontre et de leurs (més)aventures. On peut aussi dire cela du scénariste, qui décide de tout à l’avance. Il faudrait donc pendre le DJ – ou le scénariste, au choix – pour que les personnages reprennent leur liberté.

Mais attention, ce n’est pas si simple : chacun a ses défauts, ses lâchetés. Frank, par exemple, au cœur de l’épisode, choisira de regarder la date de péremption de son couple avec Amy sans son accord : la machine se réinitialisera alors, pour punir Frank ou plutôt remplir sa fonction de destin : nos choix sont cruciaux, le manque de confiance en l’autre peut être fatal au couple.

Rage against the machine

Dans « Hang the DJ », le génie de la machine, c’est de nous faire comprendre qu’on n’a pas besoin d’elle. C’est d’ailleurs le rôle du coach. Pour parler plus crûment, la machine est là pour pousser les candidats à crier haut et fort « fuck the machine ».

Bref, « Hang the DJ » révèle une nouvelle facette de Brooker : il serait romantique, sentimental et finalement optimiste sur l’amour.

Cependant, comme à chaque fin d’épisode de Black Mirror, une question me vient à l’esprit puis me taraude longtemps :

S’il s’agissait de mon propre couple… qu’aurions-nous fait ?

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
À lire aussi

Black Mirror, « Arkangel » : Big Mother te regarde

4 out of 5 stars (4 / 5)

A la fin du film Juno, Vanessa Loring (interprétée par Jennifer Garner) tient son nouveau-né dans les bras.


Jennifer Garner (Vanessa Loring) en jeune maman dans Juno, de Jason Reitmann (2007)
Jennifer Garner (Vanessa Loring) en jeune maman dans Juno, de Jason Reitmann (2007)

Elle croise le regard de la mère de Juno (Allison Janney) et lui demande :

– How do I look ? – Like a young mom. Scared shitless.

– De quoi j’ai l’air ? – D’une jeune maman. La trouille au ventre.

Je ne suis pas encore maman, mais quand ce sera le cas, je suis à peu près certaine que j’aurai la boule au ventre en permanence :

Où est ma fille ? Pourquoi mon fils rentre tard ? Lui est-il arrivé quelque chose en sortant de l’école ? Tant de sadiques courent les rues. Tant de pervers enlèvent les petits.

Comment être mère sans devenir folle?


Bonjour l’angoisse

On rencontre Marie le jour où elle donne naissance à Sara. Dès les premières secondes, elle angoisse. Sara ne pleure pas. On ne la lui donne pas tout de suite dans les bras.L’instant d’après, tout va bien : les médecins ont réussi à la faire pleurer un peu, et elle se retrouve, comme il se doit, dans les bras de sa mère.

Quelques années plus tard, Sara est une belle gamine. Elle joue dans un parc et disparaît, oh, l’espace d’une seconde…

Cela suffit à ce que Marie prenne une décision drastique : se fier à Arkangel (Archange) nouveau système de surveillance des enfants.


Rosemarie DeWitt (Marie) en mère angoissée dans Arkangel, réalisé par Jodie Foster (2017)
Rosemarie DeWitt (Marie) en mère angoissée dans Arkangel, réalisé par Jodie Foster (2017)

Arkangel, c’est une puce que l’on insère dans le cerveau des mômes, qui permet d’observer leurs moindres faits et gestes.N’est-il pas séduisant de savoir où se trouve son gosse à toute heure du jour et de la nuit ? N’est-il pas rassurant d’avoir une machine qui vous notifie en cas de danger pour votre enfant ?

Arkangel promet tout cela.


Traquer les enfants au cinéma

L’idée d’un traqueur pour les enfants n’est pas nouvelle. Black Mirror, c’est de la dystopie. Dans Hunger Games, déjà, les participants au jeu de la mort avaient tous un traqueur placé dans le bras. C’est le cas de Katniss.


Le tracker (mouchard) dans Hunger Games
Le tracker (mouchard) dans Hunger Games

À la fin du deuxième volume, Johanna, une alliée, ira le chercher en lui mutilant le bras pour qu’elle ne soit plus suivie à la trace par le Capitole.

Dans The Circle, sorti récemment, Mae reste interloquée quand l’une de ses collègues lui dit sans sourciller qu’elle a inséré une puce dans le corps de son enfant. S’il y a enlèvement, dans 99,9 % des cas, l’enfant est retrouvé.Faut-il traquer nos enfants pour être bien sûr.e de ne jamais perdre leur trace ? N’est-il pas plus sain de ne pas tout savoir de sa progéniture ? Pour la chance, qui reste infime, que mon enfant soit enlevé.e, je lui ôterais son intimité, ses secrets. Je le/la priverais même de ses expériences, qu’il ou elle pensera uniques, mais seront en fait partagées.

Des humains démunis face à la machine

Dans « Arkangel », la mère, pleine de bonnes intentions, se croit ange gardien et devient démone.Un journaliste a un jour demandé à Charlie Brooker pourquoi il était si sévère envers la race humaine. Il a répondu qu’au contraire il était indulgent : il nous montre, à chaque épisode de Black Mirror, comment les humains sont démunis face a la machine.

Tous les parents veulent protéger leurs gosses du monde qui les entoure. Et chaque fois, semble-t-il, qu’une machine tente de le rendre service, c’est un échec. Il suffit de voir l’inefficacité du contrôle parental sur Internet, et de son fameux filtre.

Marie veut tellement protéger Sarah qu’elle décide d’imposer un filtre au regard de sa fille : elle ne peut plus voir d’images angoissantes, ni entendre de mots choquants.



La machine, en un mot, la rend autiste aux souffrances du monde. Elle se retrouve, pour son malheur, avec une vision déformée de la réalité.

Les images en question sont brouillées, comme dans l’épisode « White Christmas », où les criminels devenaient de vagues silhouettes pour les citoyens ordinaires.En regardant cette saison 4, j’ai fait promettre à mon compagnon de ne jamais céder aux sirènes du monde orwellien : ce n’est pas parce qu’une technologie existe qu’il faut s’en servir.

Arkangel, technologie faussement rassurante

Le portable est déjà là pour me rassurer. « Et si jamais mon père tombe malade ? » Je saurai à la minute qu’il faut agir. A cause de l’urgence possible, on se prive d’une infinité de moments de quiétude.

Je n’ai eu de portable que très tard, quand j’ai vu que ma propre mère se servait du sien pour vérifier que j’étais bien à la maison, en appelant sur le fixe pour entendre ma voix.

Pour se rassurer jusqu’à l’extrême, il y a Arkangel : la technologie du GPS existe déjà, celle de la reconnaissance faciale est déjà en route en Russie, pourquoi ne pas créer une nouvelle invention qui compile ces différents moyens et nous fasse entrer dans une nouvelle ère de surveillance ?

Charlie Brooker fait preuve de beaucoup d’intelligence dans Black Mirror : il parle toujours de l’humain, et assez peu, finalement, de la technique. En effet, « Arkangel » est un épisode non pas sur la machine, mais sur la mère. L’épisode pose des questions éthiques fascinantes. Parce qu’elle sait tout, la mère prive la fille de ses choix d’existence.

Pour la petite histoire, Marie est le nom de la mère du Christ, et Sarah celui de la mère d’Isaac. Deux figures fortes de la maternité dans la Bible, en somme.

Un scénario surprenant

Le scénario de « Arkangel » a le talent de déjouer les attentes du spectateur : il ne s’agit pas de rester dans la sphère de l’enfance, mais d’expliquer les conséquences de l’usage de la machine au moment où la petite fille atteint l’âge de femme.


Sara à 15 ans (Brenna Harding) dans Arkangel
Sara à 15 ans (Brenna Harding) dans « Arkangel »

Jodie Foster, qui a le génie des thrillers, propose avec sa caméra des moments à la Hitchcock, comme la montée des escaliers à la fin du film.

Rosemarie DeWitt joue très bien cette mère inquiète. Les fans de séries reconnaîtront celle qui incarnait la soeur de Toni Colette dans United States of Tara.


Et si… ?

Si la fin de « Arkangel » – comme tous les épisodes, semble-t-il, de Black Mirror cette saison – est moins plombante que d’habitude, elle reste complexe et soulève bien des questions : qu’aurais-je fait à la place de la mère ? Que ressentirais-je à la place de la fille ?

Si cette technologie vient au jour, me laisserai-je tenter, ou pire, cette puce sera-t-elle implantée dans la tête des enfants comme une nouvelle norme ?

Comme à chaque fin d’épisode de Black Mirror, je n’ai pas de réponse, seulement des questions, et même des inquiétudes. Pas de ces angoisses qui passent le lendemain, après un épisode d’une série comique. Une voix sourde, qui se demande, à chaque minute, si le réel rattrapera un jour la fiction.

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !

Ça peut vous plaire :

Pourquoi Netflix n’est pas un danger pour le cinéma

Comment le cinéma m’a poussée à m’abonner à Netflix

Ça y est, ça a fini par m’arriver. Je me suis abonnée à Netflix. Et je me suis abonnée dans de drôles de circonstances. Moi, Marla, cinéphile jusqu’au bout des ongles, j’avais refusé jusqu’à ce jour de m’abonner à la plateforme car j’avais peur, à coups de binge-watching de séries, de ne plus avoir le temps de me rendre en salle et nourrir ce blog.

Or, paradoxe avec Okja : un film cannois, proposé par Netflix, ne sortira pas en salle. La plateforme, et c’est bien compréhensible, souhaite diffuser le film sans attendre les trois ans imposés par le système de diffusion, appelé chronologie des médias. Comment demander à Netflix, créateur original du film, d’attendre trois longues années pour diffuser son propre long-métrage après sa sortie au cinéma ? Une diffusion simultanée sur la plateforme et en salle n’est pourtant pas absurde.
C’est drôle. Pour de nombreux documentaires, dont l’excellent Je ne suis pas votre nègre, d’abord diffusé sur Arte, puis une semaine en replay sur le site de la chaîne, et enfin en salle, la diffusion à la télévision puis au cinéma ne dérange personne. Ce fut aussi le cas pour La Journée de la jupe, fiction également proposée par Arte, le documentaire Le Monde selon Bush, et bien d’autres.

Mais s’il s’agit de Netflix, alors attention.

Le mauvais procès fait à Netflix montre bien la frilosité du monde du cinéma. L’ironie de la chose, c’est que je me suis justement abonnée parce que je ne pouvais pas voir Okja en salle. Les exploitants font à Netflix une publicité extraordinaire, et s’empêchent de prouver ce qu’ils avancent au public : voir un film en salle, c’est quand même mieux.

Okja, OVNI de Cannes

La sélection de Okja à Cannes a de quoi étonner : on est presque dans le blockbuster, dans un film à la Disney où une petite fille ferait tout pour son animal de compagnie, un charmant cochon géant.

J’aurais aimé voir Okja en salle. Hélas, malgré sa sélection dans un autre festival, celui de SoFilm Summercamp, je n’en aurai pas l’occasion. Les paysages, la dimension grandiose de la réalisation, l’amitié entre la petite fille et cette espèce d’immense peluche valaient le coup d’être vus sur grand écran, avec son digital et tout le toutim.

Je n’ai pas pu me rendre au Georges Meliès, à Montreuil. La séance, de toute façon, était complète. Et gratuite, justement dans le cadre du festival So Film. L’exploitant de la salle a très bien expliqué, dans un article de Libération, le pourquoi de son choix. J’en ai assez, pour ma part, d’entendre que Netflix représente un danger pour le cinéma.

J’ai 35 ans. J’ai entendu maints « spécialistes » dire, à chaque nouveauté, qu’elle représentait un danger pour un art donné. Ça a commencé par la cassette audio, censée démolir l’industrie de la musique. Quoi ? Les gens pourraient donc enregistrer la musique sans l’acheter ? C’est la fin de tout ! Même absurdité pour les « pirates du web », qui pourtant, promeuvent l’art comme personne par le bouche à oreille.

Pour le cinéma, même discours au sujet de la cassette vidéo, puis de Canal+. Pourquoi les gens iraient en salle, disaient les pessimistes de l’époque, s’ils peuvent voir les films seulement un an après sur la chaîne payante ? Puis il y eut les DVD, suivis des Blu-ray, d’un peu trop bonne qualité, et censés inciter les gens à rester chez eux, engloutis dans leur home cinéma, plutôt que de se rendre dans une salle obscure.

C’est Polanski qui a raison : les gens ont besoin du cinéma comme les Grecs ont besoin du théâtre, c’est un rendez-vous collectif, cathartique, essentiel.

Le cinéma et la télévision méprisent les nouveaux usages

Ce qui gêne le plus les exploitants de salles, c’est le changement. « On ne va quand même pas laisser cet arrogant d’Américain court-circuiter le système de diffusion ! » Le PDG de Netflix s’est déjà enorgueilli de faire concurrence à la télévision au point de la faire disparaître.

Ce qui fait disparaître la télévision, au-delà de Netflix, ce sont les nouveaux usages. Ce qu’on appelle la délinéarisation est au cœur des pratiques d’aujourd’hui. Il est loin le temps où j’attendais le samedi soir pour regarder Les Simpson sur Canal. Aujourd’hui, quand une série attise ma curiosité, je peux la regarder quand je veux, du début à la fin si je le souhaite, sans attendre le bon vouloir de la grille des programmes. Cela paraît évident en 2017 ; le replay, la vidéo à la demande, tout ce vocabulaire est entré dans nos vies. Le problème est que les exploitants de salles se comportent comme les producteurs de télévision : ils sont allergiques au changement.
Si les jeunes se détournent de la télévision, ce n’est pas seulement parce qu’Internet a changé la donne : pour avoir entendu de nombreuses personnalités du petit écran lors d’un stage, je vois bien que les jeunes est le cadet de leurs soucis. Ce sont les vieux qui regardent la télévision ? Donnons-leur ce qu’ils veulent. D’où des émissions vieillottes, qui ne parlent pas aux jeunes puisqu’elles ne s’adressent pas à eux. Surtout ne pas prendre de risques. Il y a trop d’argent en jeu.

Ciné trop cher

L’argent, parlons-en. Les exploitants de salles sont également bornés : je les ai entendus s’exprimer à la radio, et aucun n’admettait que le prix d’une place de cinéma était trop élevé. Quand j’ai voulu intervenir sur la question, ils ont ironisé, et les présentateurs ont fait de même par complaisance.

Oui, 12,50 € pour une place au cinéma, c’est cher. Si l’on amène ses enfants, la sortie devient vite hors de prix. Parce qu’en allant au cinéma avec les enfants, il faut penser au popcorn, ou à la glace qu’on va leur offrir pour leur faire plaisir, au McDo avant ou après la séance. Pour 12,50 €, on peut admirer une belle exposition dans un musée privé. Certaines places atteignent même 15 € s’il s’agit d’un film en 3D avec les fameuses lunettes.

Moi qui possède, en bonne blogueuse, ma carte de cinéma, je m’étonne toujours du prix que paye Monsieur tout le monde pour passer deux heures en salle. Le théâtre est plus cher ? À peine plus, si l’on est jeune, ou si l’on prend les places sur des sites dédiés. Un concert est plus cher ? Certes, mais ce n’est pas le même service. Une star internationale qui fait payer 30 € l’entrée doit rémunérer ses musiciens, les techniciens, assurer les coûts de sa tournée, des costumes, des décors. Le concert détient quelque chose d’unique puisqu’il se passe en live. Ce n’est pas comparable avec des films distribués en salle sous plusieurs copies.

Une hypocrisie totale

Oui, la logique de diffusion des films est en pleine mutation. Rejeter ce progrès en bloc, c’est comme de vouloir rester à la machine à vapeur à l’heure de la réalité virtuelle. Les exploitants de salles passent ainsi pour des réacs. L’hypocrisie la plus grande, c’est de prétendre protéger les exploitants de salles quand on exerce en réalité la pression sur certains en les empêchant de diffuser le film, et donc de jouir de leur liberté de programmation. Ces exploitants, à savoir le Max Linder et le Forum des Images, se sont carrément retirés du festival SoFilm Summercamp ! Une perte, donc, pour le cinéma au sens large. Enfin, comment désavouer à ce point Thierry Frémaux et sa sélection d’Okja à Cannes ? N’est-ce pas la preuve que le film doit être considéré comme une oeuvre cinématographique ?

N’oublions pas l’essentiel : et si les films Netflix sont bons ? Slate a publié un classement, et j’ai moi-même un chouchou. War Machine, publié récemment sur la plateforme, n’était pas mal du tout. Pourquoi refuser de bons films, si ce n’est par peur du changement et incapacité à s’adapter à un nouveau contexte ?

Okja devrait être vu en salle

Dommage. Okja aurait fait un beau succès en salle: ce film familial a séduit les critiques comme le public. En refusant les films Netflix, qui ne serait jamais qu’un distributeur de plus, le cinéma se tire dans le pied.
Non, Netflix ne me fera jamais passer l’envie d’aller en salle, tout simplement parce que l’expérience n’a rien à voir. Je pleure un peu, d’ailleurs, de n’avoir découvert Okja que sur mon petit écran d’ordinateur. J’ai loupé l’essentiel que j’aime tant au cinéma : la réaction des autres spectateurs, l’émerveillement, la surprise, le rire et l’émotion. Je ne saurai pas si d’autres que moi ont trouvé le film plus convenu qu’il n’y paraît. Je n’entendrai pas tes enfants rire à une scène potache, ni les commentaires de cinéphiles à la sortie de la salle. À cause de l’entêtement des exploitants, j’ai en partie raté le spectacle. J’aurai du mal à le leur pardonner.

Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !

Ça peut vous plaire :

BAYWATCH (ALERTE À MALIBU) : LES SOUS-DOUÉS EN VACANCES

Moi, en regardant Baywatch, adaptation de la série à succès des années 90, je voulais avant tout voir – ou plutôt entendre – ça : 
Comprenez-moi. Cette chanson, c’est celle qu’on chante avec mes potes au karaoké quand on est bourrés. Première déception du film: vous n’entendrez pas la chanson. Par contre, vous aurez droit à une B.O épouvantable. On n’échappe pas aux Beach Boys, bien sûr. Le générique est carrément laid, et on a droit à quelques tubes douteux des années 80. Ouais, même Lionel Richie.



Prière de laisser son cerveau à l’entrée

Hélas, Baywatch n’est même pas supportable avec des pop-corn et une bière. C’est le genre de film qu’il faut voir en ayant laissé son cerveau à l’entrée.
Quand un pote m’a demandé, un jour, de lui résumer Fast and Furious. J’ai répondu :
« Bah, c’est des belles nanas en short et des types qui font des courses de voitures. »
Pour Baywatch, ce serait :
« Bah, c’est des belles nanas en maillot et des types qui jouent à Musclor. »

L’un des avantages d’Alerte à Malibu, c’est effectivement de se rincer l’œil. 
Kelly Rohrbach joue le rôle de Pamela Anderson (C-J) la belle blonde dans Baywatch (Alerte à Malibu, de Seth Gordon (2017)
Kelly Rohrbach joue le rôle de Pamela Anderson (C-J) la belle blonde dans Baywatch (Alerte à Malibu, de Seth Gordon (2017)
La superbe brune Alexandra Daddario (Summer) dans Baywatch (Alerte à Malibu)
La superbe brune Alexandra Daddario (Summer) dans Baywatch (Alerte à Malibu)
C’est outrageusement sexiste ? Oui. Les femmes sont souvent résumées à leurs beaux seins et les hommes à leur pénis. Vous me direz qu’on va pas voir Alerte à Malibu pour le scénario (le quoi ?) même s’ils s’y sont mis à six pour l’écrire. Vous avez bien lu. Six personnes pour un scénar timbre-poste.
Parce qu’il y a tout de même une ombre de scénario sur cette plage dorée : une vilaine méchante corrompt les politiques pour s’emparer de la baie. Mais attention, elle les corrompt avec une montre. Là où dans n’importe quel film, on verrait passer une mallette de billets, on assiste, dans Baywatch, à un placement de produit hilarant. On ne résiste pas à la montre de la marque Machin. N’importe qui se laisserait acheter, c’est humain.

Alerte à Malibu, en somme, serait un film formidable à chroniquer pour l’Odieux Connard. Il se ferait un malin plaisir de démolir ce simulacre de scénario, où Dwayne Johnson plonge dans les flammes pour secourir une femme en détresse, qui garde son brushing en place.


Dialogues débiles

Hormis quelques références marrantes à la série d’origine (« I’m always here », déclare Mitch dans la première scène) et à la carrière des uns et des autres (une vanne à Zac Efron surnommé « High School Musical ») les dialogues s’avèrent consternants. La sagesse de Mitch, incarné par Dwayne Johnson, conseille par exemple à son co-équipier Matt (Zac Efron, toujours subtil) :

« You save no one if you die. » 

« On ne sauve personne si on meurt. »

Johnson prend un ton des plus sérieux, et c’est le fou rire qui se déclenche dans la salle. La seule réplique un peu drôle est en fait un cliché de la comédie américaine – on l’entend, par exemple, dans Maman j’ai raté l’avion 2 – une confusion entre Edgar J Hoover, directeur du FBI, et un autre Hoover, celui des aspirateurs.
Pour tout dire, les dialogues de Baywatch m’ont fait penser à la parodie des Inconnus d’une autre série télé, Santa Barbara :

Dwayne Johnson était bien plus drôle dans The Tooth Fairy (Fée Malgré lui) où il remplaçait pour un temps… la petite souris.
Dwayne Johnson remplace la fée des dents (équivalent américain de la petite souris) dans Fée Malgré lui (The Tooth Fairy) de Michael Lembeck (2010)
Dwayne Johnson remplace la fée des dents (équivalent américain de la petite souris) dans Fée Malgré lui (The Tooth Fairy) de Michael Lembeck (2010)
C’était si formidable qu’ils ont fait un n°2.
Larry the Cable Guy (oui, c'est son nom d'artiste) dans Fée Malgré lui 2, d'Alex Zamm (2012)
Larry the cable guy (oui, c’est son nom d’artiste) dans Fée Malgré lui 2, d’Alex Zamm (2012)
Bref. Alerte à Malibu ressemble à une gigantesque pub pour Nike, avec ces jeunes gens en pleine santé qui courent au ralenti.

Les lents de la mer


Les personnages de Baywatch ne risquent pas d’être flashés par le radar. Non seulement ils courent au ralenti, mais ils pensent aussi au ralenti. Ils en mettent, un temps, à déjouer les plans de la vilaine méchante (mais sexy quand-même, parce que c’est mieux.)
Priyanka Chopra (Victoria Leeds) la méchante dans Baywatch (Alerte à Malibu)
Priyanka Chopra (Victoria Leeds) la méchante dans Baywatch (Alerte à Malibu)
D’une grande subtilité, donc, Baywatch aurait largement sa place sur Nanarland. Parmi les personnages, il ne faut pas oublier l’imbécile de service, qui se ridiculise dans une scène à la Mary à tout prix, mais nettement moins fun que le film de 1998. Le film ravira peut-être les nostalgiques d’American Pie.
Tension sexuelle jamais consommée, voilà la recette d’Alerte à Malibu depuis la série. Ajoutez à cela des jeux de mots grossiers et des douches mixtes pour davantage de sous-entendus. On aura même droit à du scato, avec Zac Efron qui vomit dans la piscine. Le film est revendiqué kitsch. Il rappelle Grease ou Dirty Dancing, sans les chansons et en mode nanar.
Même la série, en somme, n’était pas aussi nanarde. Pas sûr que cela plaise à ses fans, même inconditionnels. Les apparitions forcées de Pamela Anderson et David Hasselhoff indiquent juste qu’ils ont pris cher, dans tous les sens du terme.
Et dire que Jon Bass, qui joue Ronnie, crétin de service du film, a justement joué dans d’excellentes séries, comme American Horror Story et The Newsroom !
Jon Bass a fait tellement mieux que Baywatch dans sa carrière d'acteur...
Jon Bass a fait tellement mieux que Baywatch dans sa carrière d’acteur…
Bref, on ne sauvera pas les sauveteurs d’Alerte à Malibu. Le film se noie dans les clichés, le sexisme, la grossièreté. Hélas.
Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !
Ça peut vous plaire :
      

Big Little Lies : les vraies Desperate Housewives

3 out of 5 stars (3 / 5)

Quand j’entends le nom de Monterey, petite ville américaine où se déroule l’intrigue de Big Little Lies, ça me fait penser à Sinatra. 


 


Ou plutôt, ça me fait penser à Al Pacino dans L’Associé du diable, qui chante cette chanson à la fin du film, à l’heure où l’on sait que le diable, c’est lui.


 


Ce n’est pas la seule chose qui m’évoque L’Associé du diable dans Big Little Lies.

Dans le film de Taylor Hackford sorti en 1997, Al Pacino incarne John Milton, dont le nom fait référence à l’auteur du Paradis perdu, l’une des rares œuvres littéraires où le diable gagne la partie. Il confie à Kevin (Keanu Reeves) jeune avocat : « C’est notre truc : vous noyer de gentillesse. » Or, c’est exactement la réplique de Céleste à Jane quand elle vient d’arriver en ville.


Jane, Madeline et Céleste à table dans Big Little Lies
Jane, Madeline et Céleste à table dans Big Little Lies

Toujours dans L’Associé du diable, les femmes du cabinet Milton disent à Mary-Ann, elle aussi nouvelle venue :

Écoute, tu as trois possibilités : tu peux travailler (froncement de sourcils). Tu peux t’amuser (sourire). Ou tu peux procréer. »

Voilà aussi le choix des femmes de Monterey, entretenues par de riches maris. La seule à travailler, c’est Renata. Elle se plaint dès le premier épisode que les mères au foyer voient d’un mauvais œil son activité professionnelle. Il est des bourgeoises de la banlieue américaine comme des femmes du 19ème siècle, époque où les dames « ne se commettaient pas » à travailler.

Desperate mothers

Au-delà de femmes au foyer désespérées, les héroïnes de Big Little Lies sont des mères anxieuses, angoissées à l’extrême quant à la réussite et au bien-être de leurs petits.


Renata et sa fille Amabella dans Big Little Lies
Renata et sa fille Amabella dans Big Little Lies

Dans Desperate Housewives, Lynette, mère de quatre enfants, se disputait aussi avec une « maman parfaite » au sujet de la pièce de l’école.


Lynette Scavo (Felicity Huffman) dans Desperate Housewives
Lynette Scavo (Felicity Huffman) dans Desperate Housewives

Ah les mamans parfaites ! Celles qui arrivent impeccablement habillées et coiffées à l’école, qui parlent avec diplomatie et se lient d’amitié avec les autres mamans. Elles font les gâteaux pour la fête de l’école et se présentent toujours comme représentantes des parents d’élèves. On en parlait dans Bad Moms, mais celle qui en parle le mieux, c’est Florence Foresti :



Dans Big Little Lies, les mamans font les enfants, et se querellent comme eux. Les guerres qui se jouent à l’école sont souvent des guerres de pouvoir pour écraser la maman concurrente qui a, par son argent et son influence, la main sur Monterey.

La série pose également la question des Bovary de notre temps. Nicole Kidman (Céleste) est splendide dans son désespoir discret. Le fait qu’elle ait joué dans la version 2004 de The Stepford Wives prend tout son sens dans Big Little Lies. Céleste rappelle Bree Van der Kamp par son déni. Le personnage de Marcia Cross confiait à son psy :

Nous avons été élevés, mon mari et moi, dans la grande bourgeoisie. Nous sommes passés maîtres dans l’art d’ignorer l’éléphant qui est dans la pièce.

Surtout ne pas voir. Surtout ne pas laisser voir. Ces femmes en souffrance évoquent, au cinéma cette fois, les mères au foyer chez Sam Mendes, dans Little Children.


Kate Winslet joue une mère secrètement désespérée dans Little Children, de Sam Mendes
Kate Winslet joue une mère secrètement désespérée dans Little Children, de Sam Mendes (2006)

Autre Emma Bovary de la littérature, Anne Desbaresdes, héroïne de Moderato Cantabile, a la nausée au cœur du roman.



Dans l’épisode six de Big Little Lies, Maddie est prise de nausée à table. La nausée métaphorique chez Duras (et Sartre) devient littérale.

L’école de la médisance

Ces femmes, pour se sentir plus à l’aise avec elles-mêmes, sont prêtes à tout pour écraser l’autre. Tous les moyens sont bons, à commencer par la médisance. L’école de la médisance est justement le titre d’une pièce de Sheridan, dont le titre original, School for Scandal, sied si bien aux habitants de Monterey.



Par un montage astucieux, Big Little Lies dénonce les mesquineries entre voisins : commérages, on-dit, dézingage en tout genre devant les policiers qui tentent de saisir pourquoi il y a eu mort d’homme un soir de fête.


Comme au cinéma

Le réalisateur Jean-Marc Vallée, à qui l’on doit l’excellent Dallas Buyers Club. avait déjà collaboré avec Reese Witherspoon dans Wild, et a choisi pour Big Little Lies le même chef opérateur, Yves Bélanger. Son sens de la lumière rappelle le film Perfect Mothers, surtout dans les plans sur la mer (ou la mère, au choix) omniprésente dans la série.



Jean-Marc Vallée, en bref, met les meilleures techniques du cinéma au service d’une série. La série est par ailleurs très bien écrite. Certaines répliques, notamment au sujet des apparences et du déni (de soi ou d’une situation donnée) vont faire date. Nicole Kidman est très bonne dans le déni. Elle a compris son personnage avec plus de finesse, et lui donne plus de profondeur que ne le font ses collègues Reese Witherspoon et Shailene Woodley. Les répliques de la psy de Céleste sont également bien senties. Quant au personnage de Maddie, divorcée, il est très bien vu. Petit plus appréciable : la BO est très bonne.

Une certaine idée de l’Amérique

Big Little Lies révèle dès son titre ces petits mensonges qui en cachent de plus grands. Les petits mensonges sont ceux de convenance, ceux qui disent que tout va bien quand ça ne va pas si bien. Ces petits mensonges en cachent un plus grand, celui déjà dénoncé dans Mad Men : les grandes maisons avec vue sur la mer sont secrètement emplies de chagrin et de solitude.


Kidman joue Céleste Wright dans Big Little Lies
Kidman joue Céleste Wright dans Big Little Lies

Dans la série, Céleste a trouvé Mr Wright, qui peut s’entendre, à l’anglaise, comme Mr Right (l’homme idéal.) Ce nom ironique annonce que chez les Wright, « Everything goes Wrong. »

Ce fameux Mr Wright, qui « joue au monstre » avec ses enfants est d’une efficacité redoutable.
Big Little Lies, comme toutes les bonnes séries américaines, nous dit quelque chose sur l’Amérique de son temps. Son puritanisme est dénoncé dans la gué-guerre autour du spectacle musical de marionnettes. Son ambiguïté face au sexe et notamment la virginité des jeunes filles est très bien montré dans l’engagement d’Abigail, fille de Maddie.

Bref, Big Little Lies est une série à ne pas manquer, d’autant qu’elle ne compte que sept épisodes. Allez y, regardez, et alliez le plaisir d’un bon scénario, de dialogues fins et d’une interprétation impeccable.

Un avis, une réaction ? Dites -le en commentaire !  

Du même réalisateur que Big Little Lies, Jean-Marc Vallée :    

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial