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Archives de catégorie Concours

JEU-CONCOURS : GAGNEZ DES PLACES POUR LE FILM « L’AMOUR DES HOMMES » !

Marla’s Movies vous propose de gagner 2X1 places pour le film L’Amour des hommes, de Mehdi Ben Attia.

Synopsis : Tunis, aujourd’hui. Amel est une jeune photographe. Quand elle perd son mari, sa vie bascule. Encouragée par son beau père, elle reprend goût à la vie en photographiant des garçons de la rue. Sans craindre d’être scandaleuse, elle fait le choix de regarder les hommes comme les hommes regardent les femmes. 




POUR GAGNER, IL SUFFIT DE RÉPONDRE À LA QUESTION SUIVANTE:

Quel est le titre du précédent film de Mehdi Ben Attia, sorti en 2013 ?



Envoyez votre réponse à l’adresse suivante avant le vendredi 9 mars 2018, 20 heures à :


Merci
d’indiquer vos nom, prénom et adresse postale dans votre message, et de
mettre en objet du mail « Concours Amour des hommes. » Les gagnants seront tirés au
sort parmi les participants ayant bien répondu.


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Notre autre concours du moment :

JEU-CONCOURS : GAGNEZ DES DVDs DU FILM « L’ASSEMBLÉE » !

Marla’s Movies vous propose, en partenariat avec Epicentre Films, de gagner des DVDs du film L’Assemblée, de Mariana Otero, sur le phénomène Nuit Debout. Le DVD est plein de bonus sympas à découvrir.

Synopsis : Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout. Pendant plus de trois mois, des gens venus de tous horizons s’essayent avec passion à l’invention d’une nouvelle forme de démocratie. Comment parler ensemble sans parler d’une seule voix ?


POUR GAGNER, IL SUFFIT DE RÉPONDRE À LA QUESTION SUIVANTE:

Quel économiste français, auteur de Capitalisme, désir et servitude, apparaît dans le film et fut l’une des figures de Nuit Debout ?

Envoyez votre réponse à l’adresse suivante avant le 7 mars 2018, 20 heures :

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PENTAGON PAPERS, DE STEVEN SPIELBERG : LES LIAISONS DANGEREUSES

Quand je pense au Washington Post, une image me vient en tête : je ne l’ai malheureusement pas retrouvée sur le web, mais il s’agissait d’une caricature du président Nixon, épinglé au mur par la plume du journal.

Pentagon Papers est un film formidable à découvrir dans le contexte actuel. Le Canard enchaîné ne fit-il pas tomber François Fillon avant l’élection présidentielle ? N’est-ce pas Mediapart, journal en ligne, qui révéla au grand public le scandale de l’affaire Bettencourt dans lequel Sarkozy est mouillé jusqu’au cou ? 

Depuis un certain 7 janvier, la France sait qu’elle a besoin de la presse.

Good Morning Vietnam

Tout le monde se souvient du scandale du Watergate et de la démission de Nixon. Mais qui se souvient de l’affaire précédente, cette fois révélée par le New York Times, dans laquelle Nixon était déjà impliqué ? Non seulement lui, mais également des présidents très estimés comme Eisenhower et JFK.

L’affaire, c’est le Vietnam. Tous les présidents cités ont plongé les Américains dans une guerre perdue d’avance. Pourtant, pour ne pas perdre la face, et uniquement pour cela, les présidents ont tous envoyé à la mort de milliers de jeunes gens pour éviter d’être le président de la défaite.

D’avoir fait des années de fac en études anglophones, j’ai retenu que les États-Unis avaient connu deux grands traumatismes : l’esclavage… et le Vietnam.

Le Vietnam est de loin la plus amère défaite du continent. Humiliation militaire, pertes humaines abominables, le Vietnam aux States c’est un peu comme les guerres mondiales chez nous : une boucherie qui marque les esprits pour longtemps, et condamne une grande partie des intellectuels à un pessimisme permanent.

Il est ironique de voir Tom Hanks à l’affiche de Pentagon Papers. En effet, dans Forrest Gump, il avait déjà démontré l’absurdité de la guerre au Vietnam, dans la peau d’un soldat qui tenta en vain de sauver son ami.

Touche pas à mon Post

Comme le titre original de Pentagon Papers – The Post – l’indique, le film de Spielberg est moins sur le scandale politique du Vietnam que sur le journal. Le réalisateur s’attaque à un gros sujet sous un angle original et audacieux : plutôt que de braquer la caméra sur le Times, qui fit éclater le scandale, il préfère regarder l’histoire par la « petite » lucarne, et nous montrer comment son concurrent, le Washington Post, reprit l’affaire à ses risques et périls.


L’intérêt de parler du Washington Post et non pas du New York Times ? Evoquer non pas le champion en titre mais le challenger. Le Washington Post, à l’époque, n’était qu’un journal local dont la vie dépendait d’une poignée d’actionnaires.

En effet, Nixon voulut faire interdire le New York Times d’avoir publié des informations ultra-secrètes. Et voici que dans la tête d’un spectateur de 2018 jaillissent les visages d’Edward Snowden et de Julien Assange. Côté français, on pense aisément à Claire Thibout, qui par son intégrité, a participé au dévoilement de l’affaire Bettencourt. Oui, car les Pentagon Papers sont le fruit d’une fuite orchestrée par un lanceur d’alerte de l’époque, devenu la source des deux journaux concurrents.

Nixon, on le sait, n’était pas un tendre. Les papiers du Pentagone montre le bras de fer entre le Washington Post, dirigée par Katherine « Kay » Graham (Meryl Streep, toujours parfaite) et son rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks) et Nixon, soutenu par une équipe de requins prête à tout pour maintenir le pouvoir en place.

J’ai vu le film de Spielberg avant-hier, et pourtant je n’écris que ce matin : il a fallu que je lise la tribune de plusieurs journalistes contre Bolloré pour prendre la plume. L’homme d’affaires intente en effet des procès systématiques aux journaux et associations qui osent divulguer des infos gênantes sur son entreprise.


Les chiens de garde

Se posent dans le film des questions essentielles sur le journalisme et la déontologie : peut-on trahir le secret militaire pour informer le public ? Comment dénoncer des personnes haut placées, qui au passage, dînent chez vous régulièrement ? C’est le dilemme de Kay et Ben, journalistes proches de Kennedy et de certains membres de l’administration Nixon.

Revoilà la question épineuse des relations entre journalistes et politiques. C’est Paul Nizan, ami de Sartre, qui en parle le premier dans Les Chiens de garde

Il a fallu attendre 2011 pour qu’un documentaire reprenne l’idée.

À partir du moment où journalistes et politiques font la même école – Sciences Po et l’ENA – on peut supposer qu’ils resteront copains au-delà des études. On croit certains politiques et journalistes adversaires à l’antenne, quand ils déjeunent ensemble au restaurant en toute complicité.

Kay reçoit ainsi des puissants à sa table, et il est bien malaisé d’en dire du mal dans son journal.

L’intelligence de Pentagon Papers est de me faire réfléchir à ma propre pratique. À mon petit niveau de blogueuse, certaines questions d’éthique se posent déjà : si j’organise un concours autour d’un film que je pense prometteur, mais qu’en le voyant, il me déplaît ? Dois-je écrire une chronique pour dire à mes lecteurs que je leur ai proposé des places pour un mauvais film ? Si je trouve le film bon au contraire, ne serait-ce pas interprété comme de la complaisance ? Qu’en est-il des amis (cinéastes, chefs-opérateurs, distributeurs de films) que je me suis créé au fil du temps ? 


Demi-solution : ne pas écrire sur les films que je propose en concours, ou alors juste un papier sur les questions culturelles en jeu.


The Newsroom


Pentagon Papers offre donc une réflexion sur les pratiques du journalisme. Dans Sur la télévision, Bourdieu expliquait déjà que dans une salle de rédaction, il est autant question de ce que publient les concurrents que d’actualité pure. La concurrence est rude dans le milieu de la presse ? Qu’à cela ne tienne ! Envoyons un espion du Post au Times pour voir ce qui s’y trame. Si le Times révèle un scandale politique d’ampleur, alors le Post est à la traîne. Les papiers du Pentagone sont si conséquents qu’il y a dans ce scoop plusieurs scoops à venir, à la manière dont le Canard enchaîné propose un feuilleton à chaque scandale qu’il met au jour.

Si vous aimez les séries politiques, et notamment celles d’Aaron Sorkin, Pentagon Papers peut vous plaire. En effet, le scénariste américain a longuement écrit sur les relations entre la politique et la presse, et la difficulté du métier de journaliste.


Meryl Streep est très douée dans les rôles de femmes de tête aux prises avec un monde d’hommes. Elle l’avait déjà prouvé dans un biopic de Thatcher.

L’Histoire en marche

Difficile, en regardant Pentagon Papers, de ne pas penser aux Hommes du président, excellent film de 1976 mettant en scène deux journalistes du Post qui décidaient de se pencher sur un certain immeuble : le Watergate. 




Pentagon Papers est empli d’ironie dramatique. De nombreuses répliques s’adressent directement aux spectateurs d’aujourd’hui, qui savent que pour le journal  – et surtout pour Nixon lui-même – le plus dur est à venir. Les deux films résonnent donc comme des pamphlets pour la liberté de la presse. 

Pentagon Papers nous dévoile comment la presse, d’abord instrument du pouvoir, est devenu son juge et peut-être son garde-fou. Réalisation sobre, pléiade de bons acteurs, Spielberg met tout en œuvre pour nous faire vivre ce moment-clé où un journal, plutôt que de commenter l’Histoire en marche, en est devenu un acteur décisif.

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JEU-CONCOURS : GAGNEZ 2X2 PLACES DE CINÉMA POUR KEDI, DES CHATS ET DES HOMMES


Marla’s Movies vous propose de gagner 2X2 places pour le film Kedi, des chats et des hommes, de Ceyda Torun.

Synopsis : Depuis des siècles, des centaines de milliers de chats vagabondent dans les rues d’Istanbul. Sans maîtres, ils vivent entre deux mondes, mi sauvages, mi domestiqués – et apportent joie et raison d’être aux habitants. KEDI raconte l’histoire de sept d’entre eux.


POUR GAGNER, IL SUFFIT DE RÉPONDRE À LA QUESTION SUIVANTE:

Istanbul se situe dans quel pays ?



Envoyez votre réponse à l’adresse suivante avant le 26 décembre 2017, 20 heures :


Merci d’indiquer vos nom, prénom et adresse postale dans votre message, et de mettre en objet du mail « Concours Kedi. » Les gagnants seront tirés au sort parmi les participants ayant bien répondu.


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Bonne chance à tous, et bonnes séances !

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C’EST TOUT POUR MOI : MEILLEUR ESPOIR FÉMININ

Par Clément



Un feel-good movie à la française


Dans notre cinéma adepte de comédies inoffensives et surtout de drames épais, le genre « feel-good » fait figure d’exception. Venu des USA, il consiste à voir des personnages se battre pour réaliser leurs rêves, sur le ton de la comédie. C’est souvent une exaltation de l’héroïsme du quotidien, prisée par le plus grand nombre. Un exemple réussi est Nous trois ou rien, signé Kheiron, confrère de Nawell Madani (tous deux se sont fait connaître par le stand-up).

Extrait de Nous trois ou rien de Kheiron (2015)
Extrait de Nous trois ou rien de Kheiron (2015)

Le hic, c’est que le feel-good movie est souvent léger question scénario et personnages. On retrouve toutes les qualités et les défauts du genre dans C’est tout pour moi, premier film écrit, réalisé, et interprété par Nawell Madani, considérée comme le jeune prodige de la scène française.

Lila s’en fout

Lila (Nawell Madani), jeune femme belge, veut devenir danseuse, contre l’avis de son père Omar (Mimoun Benabderrahmane). Lila s’en fout, et déménage à Paris pour tenter sa chance. Impliquée malgré elle dans une arnaque, elle est envoyée en prison pour quelques mois. Elle y rencontre Fabrice (François Berléand), comédien qui propose, au sein de la taule, un stage de comédie. 

Lila découvre son don pour l’humour. Dès qu’elle sort, Lila retrouve Fabrice, et lui demande de la coacher pour la nouvelle carrière qu’elle s’est choisie : le stand-up.

Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi, réalisé par Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin (2017)
Lila (Nawell Madani) dans C’est tout pour moi, réalisé par Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin (2017)

Maman, c’est quoi le stand-up?

Le stand-up, dont on peut tracer les origines chez les satiristes de la Grèce Antique, a été créé tel que nous le connaissons au Royaume-Uni au 18e siècle. Mais il fut repris avec tant d’éclat aux Etats-Unis que le genre est devenu typiquement américain. Il fut importé dans les années 1990 en France, notamment grâce à Jamel Debbouze. Son Jamel Comedy Club a révélé ce type de spectacle au grand public, et a lancé toute une génération d’humoristes. Le stand-up fut aux States le tremplin de nombreux artistes : Mark Twain, Woody Allen, Ellen DeGeneres, Janeane Garofalo, Mel Brooks, Jimmy Fallon, et j’en passe.

Jamel Debbouze, importateur du stand-up américain en France
Jamel Debbouze, importateur du stand-up américain en France

Le stand-up est un jeu d’endurance qui en fait un exercice périlleux. L’humoriste lance des vannes pendant cinq ou dix minutes (les longs spectacles sont réservés aux pros), sans accessoire ni personnage. Il/elle parle souvent du quotidien et de sujets grinçants, comme le racisme ou le sexisme. Autant que le rythme et l’humour, c’est la pertinence de ses observations qui fait l’efficacité. En même temps, il faut savoir improviser face aux réactions du public.

Bref, le stand-up n’est ni plus ni moins qu’une roulette russe, où beaucoup de vannes foirent. Une blague ratée peut suffire à faire un bide.

Humour en séries

Bien des films et séries se sont penchées sur cet univers fascinant. Gad Elmaleh, célébré en France pour ses seuls en scène traditionnels, a testé le stand-up aux USA. L’excellent documentaire 10 minutes in America le voit galérer dans l’exercice, pour au final délivrer une prestation réussie.

Woody Allen donne quelques conseils de stand-up à Gad Elmaleh dans 10 minutes in America, réalisé par ce dernier (2014)
Woody Allen donne quelques conseils de stand-up à Gad Elmaleh dans 10 minutes in America, réalisé par ce dernier (2014)

Louis C.K. et Jerry Seinfeld, deux experts du genre, ont créé des séries télé dont les codes empruntent au stand-up. Louis C.K. met en parallèle des extraits de stand-up de ses personnages fictionnels, et leur quotidien, terne, qui bascule souvent dans l’humiliation. 

Notamment dans Better things, et surtout la très conceptuelle Louie.

Une journée normale pour Louie (Louis CK) dans Louie, créée par Louis CK (2010-)
Une journée normale pour Louie (Louis CK) dans Louie, créée par Louis CK (2010-)

Jerry Seinfeld est l’âme de la culte sitcom Seinfeld, qui a fait de lui l’acteur TV le mieux payé de tous les temps (4 millions de dollars par épisode de 22 minutes pour sa dernière saison !). Sa sitcom consiste à parler « de rien ». Pendant 9 saisons, Seinfeld a produit des épisodes qui partent d’un prétexte anodin de stand-up : la queue dans un restaurant, un concours d’abstinence sexuelle, un ami encombrant… d’où un mélange bizarre entre stand-up et humour de sitcom, mais qui a marché du tonnerre.

Jerry Seinfeld (Jerry Seinfeld), à gauche, devant le soup nazi (Larry Thomas), dans un épisode culte de la série Seinfeld créée par Jerry Seinfeld et Larry David (1989-1998).
Jerry Seinfeld (Jerry Seinfeld), à gauche, devant le soup nazi (Larry Thomas), dans un épisode culte de la série Seinfeld créée par Jerry Seinfeld et Larry David (1989-1998)

Il y a aussi l’extraterrestre Andy Kaufman. Il a créé un genre de stand-up où le silence, les canulars gros comme une maison, les provocations, sont légion. Aucun(e) humoriste n’a osé reprendre le flambeau. Le film Man on the Moon, réalisé par Milos Forman, donne une idée de son talent. Kaufman était d’ailleurs incarné par un surdoué du stand-up : un certain Jim Carrey.

Andy Kaufman (Jim Carrey), protagoniste du biopic Man on the moon, réalisé par Milos Forman (1999)
Andy Kaufman (Jim Carrey), protagoniste du biopic Man on the moon, réalisé par Milos Forman (1999)

Enfin, pour se faire une idée du milieu, ses prodiges, ses désillusions, sa cruauté, sa concurrence violente, on ne peut que conseiller l’excellente série I’m dying up here. La série suit une poignée de jeunes comédien.ne.s qui se battent pour se faire remarquer dans le Los Angeles des années 70.

Ari Graynor joue une comédienne tentant de percer dans le stand-up dans la série I'm dying up here, créée par David Flebotte (2017-)
Ari Graynor joue une comédienne qui tente de percer dans le stand-up dans la série I’m dying up here, créée par David Flebotte (2017-)

Ce mélange de fiction et de documentaire est celui utilisé dans C’est tout pour moi.

Un film comme un spectacle de stand-up

C’est tout pour moi est librement inspiré des débuts de Nawell Madani dans le stand-up. Le scénario pourrait servir de base à un spectacle : une protagoniste tchatcheuse, les punchlines toutes les quinze secondes, les observations ironiques sur le quotidien, des poids sociaux sous le prisme de l’humour… 

Sa grande qualité est sa description réaliste du milieu du stand-up où chacun.e est prêt.e à tout pour se faire un nom, y compris écraser l’autre.

Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi
Lila (Nawell Madani) dans C’est tout pour moi

Les premiers bides, la prise d’assurance, la vulgarité dans laquelle se complaît Lila à ses débuts, le sexisme, sont très bien décrits. 

On retrouve dans C’est tout pour moi la liberté de ton et l’audace, qui font le sel de la culture urbaine. L’énergie de Nawell Madani est communicative et son film est très drôle.

Un scénario déséquilibré

Malgré sa forme attractive, C’est tout pour moi est coulé en grande partie par son scénario, pourtant écrit à quatre. Le film suit une construction en trois actes typique. Dans C’est tout pour moi, les deux premiers actes se terminent par une désillusion, avant l’envol du troisième acte. Mais l’acte 3 dure… à peine dix minutes. Nawell Madani a dit avoir voulu mélanger le « feel-good movie » avec le biopic. Effectivement, les biopics aiment raconter les chutes de stars avant leur triomphe final. Mais ce triomphe doit être mis en scène ; ici, il nous est vite jeté à la tête.

Lila (Nawell Madani) passant une audition pour être dans Cats, dans C'est tout pour moi
Lila (Nawell Madani) passant une audition pour être dans Cats, dans C’est tout pour moi

Les rebondissements sont prévisibles, et vont trop vite. Lila passe du bide aux premiers succès en une poignée de minutes, se révolte vite contre son mentor « dépassé », etc. Le rythme, c’est bien, la cohérence, c’est mieux. L’élan joyeux de l’ascension du protagoniste est censé pallier aux imperfections du script dans le feel-good movie. Ici, script et mise en scène (riche en placements de produits Adidas, mais bon, faut bien avoir des sponsors) sont trop faibles ici.

Il est beau mon placement, il est beau !
Il est beau mon placement, il est beau !


Clichés perpétués

Dans Get Out, Jordan Peele voulait dénoncer les clichés sur les noir.e.s, mais lui-même tombait dans les clichés avec ses héros. De même, C’est tout pour moi, en prétendant dénoncer les clichés, ne fait que les ressasser.

Lila tombe dans le cliché de la « sassy black woman », un des raccourcis préférés des réalisateurs pour parler des femmes de couleur. C’est une machine à faire des wesh, au verbe fleuri, super cool… et pas grand-chose d’autre. Cela ne serait pas si grave si ce n’était qu’un moyen pour elle de se faire remarquer des directeurs de théâtre (comme elle le fait à la fin du film), mais c’est vraiment sa personnalité.

Lorsqu’elle exprime d’autres émotions, elle tombe dans un autre trope : l’ »angry black woman ». Elle se révolte contre tout le monde : son père, son mentor, ses concurrents. On pourra dire que c’est justifié dans tous les cas, mais on a vu trop de films où des personnes à l’héritage africain (Nawell Madani est d’origine algérienne) ne se résumaient qu’à deux facettes : le fun et la colère. Lila est un cliché rassurant, consensuel. Pourtant, il n’est pas difficile de créer de riches personnages de couleur et forts en gueule : Divines y avait bien réussi. Lila change très peu, comme personne et comme humoriste, on regrette cette absence d’évolution.

Oulaya Amamra dans Divines de Houda Benyamina (2016)
Oulaya Amamra dans Divines de Houda Benyamina (2016)

Plus surprenant est le cliché du white savior. Le personnage blanc est celui qui, par sa sagesse, va aider à lui tout seul le/la noir.e. C’est le rôle de François Berléand (impeccable), qui n’a aucune autre dimension. Il est si pauvrement écrit qu’il ne peut équilibrer ce cliché. De plus, Fabrice est un comédien « standard », qui n’a jamais fait de stand-up ; c’est pourtant lui qui devient un coach en stand-up pour la jeune femme ! Et bien sûr, c’est uniquement grâce aux contacts de Fabrice que Lila « va tout niquer » (sic).

Fabrice (François Berléand) et Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi
Fabrice (François Berléand) et Lila (Nawell Madani) dans C’est tout pour moi

Enfin, le vide psychologique atteint Omar, le père de Lila. La scène où sa fille le décrit comme un merveilleux parent alors qu’on a vu jusque-là qu’un tyran paternaliste, tombe à plat. Bien sûr, Omar aura droit à sa rédemption… réglée en dix minutes aussi. Même si Madani est habile à laisser une fissure entre le père et la fille dans la réconciliation (la fin de C’est tout pour moi est calquée sur celle de Billy Elliot), ce revirement est trop brusque pour convaincre.

Omar (Mimoun Benabderrahmane) dans C'est tout pour moi
Omar (Mimoun Benabderrahmane) dans C’est tout pour moi

On peut rattacher C’est tout pour moi à Patients, où les one-liners explosifs et l’humour mordant font d’un film oppressant sur un sujet (handicapés dans un hôpital) une leçon de vie enjouée. Mais les personnages du film de Grand Corps Malade étaient bien plus construits et attachants que les silhouettes du film de Madani.

Une semi-réussite

L’irrespect des codes cinématographiques les plus élémentaires étouffe en grande partie l’humour tornade et la fraîcheur de C’est tout pour moi. Nawell Madani est une humoriste délectable, aux répliques ciselées, mais elle ne maîtrise pas encore ce nouveau média.

J’ai surtout retenu sa belle morale : il est naturel dans la vie que nous abandonnions nos premiers rêves pour en réaliser d’autres, où l’on exprimera soi-même d’une meilleure manière. S’adapter à des rêves changeants, c’est la réussite de Nawell Madani.

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