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BLUE RUIN : PETITS MEURTRES ENTRE PLOUCS


Blue Ruin est angoissant dès la première image. Une dominante de bleu donne le ton : couleur froide, elle rappelle le titre du film, à sens multiples.

On pense d’emblée à la voiture, vieux tacot bleu ciel (une ruine bleue, en somme.) 

Histoires de bagnoles

Au début du film, cette
Pontiac est quasi-personnalisée grâce aux prises de vue. Elle
évoque la Plymouth aux pulsions meurtrières de Stephen King. John
Carpenter lui avait donné vie dans une adaptation réussie en 1983.
Affiche de Christine, de John Carpenter
Macon Blair est très convaincant en figure christique perdue, assassin amateur qui inspire la sympathie sans même que l’on connaisse son histoire. La ruine bleue, c’est aussi lui, car blue en anglais désigne les dépressifs : Dwight est un homme démoli par sa soif de vengeance. En sueur au volant de sa voiture, il ressemble au héros de Spielberg dans Duel, sa première réalisation. 
Macon Blair au volant de la Pontiac dans Blue Ruin
Dennis Weaver dans Duel, de Steven Spielberg (téléfilm de 1971)
Poursuivi par un camionneur forcené, le protagoniste de Duel angoisse sur la route pendant deux heures de suspense.

Des meurtres en bleu et rouge

Au premier meurtre de Dwight, le rouge vient se
mêler au bleu et donne au film un côté Dario Argento qui ne manque
pas de sel. 
Suspiria, de Dario Argento (1977)
Ces deux couleurs évoquent aussi l’univers de la BD :
on se souvient comment M. Knight Shyamalan avait usé de cette
méthode pour Incassable.
Bruce Willis et Samuel L. Jackson dans Incassable, de M. Knight Shyamalan (2000)
Après Christine
de Stephen King, c’est à Misery que l’on peut penser,
notamment la version de Rob Reiner en 1990.
Bled isolé, personnages
cinglés, conversations entre habitants du coin, Blue Ruin est aussi
très proche de l’univers des Frères Coen, mais Jeremy Saulnier,
hélas, n’a pas leur talent.
Affiche de Fargo, des frères Coen (1996)

L’intrigue de Blue Ruin s’essouffle vite.
La dominante de bleu devient trop appuyée, et le film fait preuve du
même défaut que We Need to Talk About Kevin et son rouge irritant.

Affiche de We Need to Talk About Kevin (2011) 

Au-delà des frères Coen, c’est
Tarantino que Jeremy Saulnier veut imiter sans l’égaler, en
choisissant des chansons rétro comme bande originale. C’est dommage, car les morceaux de rap du début du film
étaient bien trouvés.

Une caricature du Vieux Sud

Si la première partie du film est prometteuse, la seconde perd tout
intérêt : on ne souhaite même plus savoir ce qu’il advient de Dwight. Le film traîne en longueur, bien qu’il dure à peine une
heure et demie. Les histoires de vengeance s’entremêlent dans une
confusion totale. Les personnages sont des clichés de péquenauds,
surtout l’ami de Dwight,  Ben Gaffney, marchand d’armes imbécile dans son t-shirt
de black métal.
Blue Ruin présente une caricature du Vieux Sud: les habitants y seraient soient demeurés (Dwight) soit fous de la gâchette (Ben Gaffney et la famille Cleland.) La Virginie, pourtant, est loin d’être l’état le plus conservateur en Amérique, et tous ses habitants sont loin d’avoir leur carte à la NRA
Pour un bon film qui traite de la violence des rednecks (péquenauds) aux Etats-Unis, mieux vaut regarder l’excellent Winter’s Bone, qui révéla une certaine Jennifer Lawrence.
Winter’s Bone, de Debra Granik (2011)


Dans Winter’s Bone, une jeune fille vivant dans la forêt des Ozarks, en plein Arkansas, part sur les traces de son père. En route, elle se bat contre la bêtise et la rudesse des rednecks du Missouri. Elle passe donc du Sud au Midwest (en clair, le milieu… de nulle part) et affronte les préjugés et la violence de ses habitants.

Tout récemment, Tommy Lee Jones parlait avec talent des rednecks de l’Iowa (toujours dans le Midwest) en 1854.

Violence poussive et inutile

Dans la dernière partie de Blue Ruin, l’amateurisme de Dwight, qui le rendait
attachant, n’est plus drôle du tout, et devient exaspérant.
La scène de l’extraction de la flèche
est digne des pires épisodes de la chaîne 13ème rue :
du gore stupide et sans intérêt. La dernière scène meurtrière est poussive, les personnages frisent le ridicule.

Même la performance de Macon
Blair semble diminuer. Il n’est plus qu’un idiot un fusil à la
main, dans une caricature grossière.
Bref, à Blue Ruin, préférez les
originaux : Tarantino, les frères Coen, les bonnes adaptations
des romans de Stephen King, mais vous pouvez éviter de perdre une
heure et demie en salle. Tiens, le temps d’un match de foot.

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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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