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ANOMALISA, ANALYSE DU FILM: DANS LA PEAU DE MICHAEL STONE

J’aurais tant aimé aimer Anomalisa. Le titre même me plaisait, presque une anagramme de Mona Lisa. Les marionnettes me rappelaient celles de Dans la peau de John Malkovitch. Les mêmes artistes étaient peut-être aux commandes, puisque le réalisateur d’Anomalisa était le scénariste du film de Spike Jonze. 

Anomalisa: une crise existentielle

Charlie Kaufman a une affection particulière pour les crises existentielles. Dans Synecdoche New York, on suivait déjà un dépressif dans un univers absurde.

La bande-annonce donne en fait une fausse idée du film, franchement pessimiste. Anomalisa est sur le même ton. Vous reconnaîtrez sans peine le mot anomalie dans le titre. En anglais, dire de soi « I’m an anomaly » ou « I feel like an anomaly » révèle le complexe de ne pas se sentir à sa place, comme le narrateur de la chanson « Creep » par Radiohead.

Michael Stone s’ennuie et déteste sa vie. Commercial à succès, il écrit des livres et intervient lors de conférences. Mais il ne trouve plus de sens à tout cela. Ce type de vertige existentiel a été traité plusieurs fois au cinéma.

Les commerciaux qui pètent un câble au cinéma

On se souvient, par exemple, de Daniel Auteuil dans Le Huitième jour. La rencontre de Harry avec Georges change sa vision des choses. On le découvre en commercial sûr de lui et de son discours. À la fin du film, il ne sait plus bien quoi réciter à son audience. Les paroles creuses des commerciaux lui apparaissent absurdes, et c’est ce qui arrive à Michael Stone. La scène de la conférence, une des meilleures d’Anomalisa, est une suite de phrases cliché qui forment une tout incohérent. 
Dans la série « commercial qui pète un câble, » il y a aussi eu Michael Douglas dans Chute Libre, en 1993.

Sur le ton de la comédie potache, Office Space nous présentait un employé de bureau qui rêvait de changer de vie.
Changer de vie, Michael Stone aimerait bien. Alors qu’il se rend à une conférence à Cincinatti, il se retrouve dans un curieux hôtel nommé le Fregoli. C’est l’élément-clé de la compréhension du film.
Fregoli: la clé d’Anomalisa (Attention Spoilers)

Fregoli était un artiste, ventriloque et transformiste du 19ème siècle. Il changeait de costume jusqu’à cent fois par spectacle, et jouait tous les personnages.
L’artiste a donné son nom à un syndrome. Une personne atteinte du syndrome de Fregoli souffre de délire paranoïaque: elle est persuadée qu’un être la tourmente en changeant de forme, et retrouve son ennemi dans toutes les personnes qu’elle croise. Fregoli était ventriloque, et cette caractéristique s’avère intéressante pour Anomalisa, peuplé de marionnettes doublées par des acteurs. Si vous écoutez bien les différents personnages, ils ont tous la même voix. C’est Tom Noonan qui double tous les personnages secondaires d’Anomalisa, y compris les femmes. Deux voix seulement sont uniques: celles de Michael (David Thewlis) et de Lisa (Jennifer Jason Leigh.)
Michael et Lisa dans Anomalisa, de Charlie Kaufman (2016)
Michael et Lisa dans Anomalisa, de Charlie Kaufman (2016)

La jeune femme semble redonner espoir au dépressif. Il lui répète sans cesse de parler, de chanter, heureux d’entendre enfin une voix différente, « discordante, » dans cet univers conformiste, où tout le monde, au sens littéral, parle d’une même voix.

C’est un peu la version dramatique de la scène-culte de Dans la peau de John  Malkovitch (1999) où l’acteur pénètre dans son propre esprit, et se voit en plusieurs exemplaires.

Dans le cauchemar de Michael Stone (sans doute la meilleure scène d’Anomalisa) il court dans l’hôtel et rencontre de nombreux personnages qui lui disent de quitter Lisa. La jeune femme apparaît comme son héroïne: elle peut le sauver du monde ocre où il reste prisonnier. Ce cauchemar dans un univers ocre rappelle The Double, où Jesse Eisenberg, atteint de schizophrénie, se croyait persécuté par un jumeau maléfique. Atmosphère kafkaïenne où Michael Stone se débat, en vain. Il retournera en effet à sa vie conformiste plutôt que de choisir la voie (voix) de la liberté, celle de Lisa. 
Charlie Kaufman signe donc avec Anomalisa son film le plus pessimiste, et ce n’est pas peu dire – Synecdoche New York était déjà très sombre.

Les marionnettes, c’est nous

Kaufman nous dit en résumé que les marionnettes, c’est nous. Nous préférons une vie conformiste et fausse plutôt qu’une existence auprès d’une femme vraie, aussi complexée soit-elle.
La scène la plus dérangeante du film est peut-être la scène de sexe. Elle est étrangement réaliste, loin des moments d’extase du cinéma grand public. Encore une fois, Anomalisa est trop sombre: un film pessimiste n’est pas forcément profond, le désespoir n’est pas synonyme de lucidité. Tant qu’à voir une scène de sexe entre deux marionnettes, je préfère celle, potache et outrancière de Team America World Police, farce hilarante des créateurs de South Park.
Charlie Kaufman est un triste « master of puppets. » Il est obsédé par l’absurdité de l’existence et l’angoisse de la mort. Si Dans la peau de John Malkovitch était un chef-d’oeuvre aux mains de Spike Jonze, Anomalisa est d’un pessimisme trop franc, sans nuance. À croire qu’il s’agit d’une tendance dans le cinéma d’aujourd’hui.
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Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

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