Slider

Titre

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait

À LA RECHERCHE DE VIVIAN MAIER: CLASSIQUE… INSTANTANÉ

   
Le film Dans L’ombre de Mary rendait hommage à une célèbre nounou, en racontant comment Walt Disney avait convaincu PL Travers d’adapter Mary Poppins au cinéma.

Le film présentait PL Travers sous les traits d’Emma Thompson. L’écrivain apparaissait en femme revêche, quasi-acariâtre, mais devenait touchante grâce à une série de flash-backs sur son enfance difficile.

Le documentaire A La Recherche de Vivian Maier nous fait découvrir une photographe de génie déguisée en nounou peu ordinaire.

   

Autoportrait de Vivian Maier // Ombre de Mary Poppins dans le film de 1964

Vivian Maier: l’anti-Mary Poppins

Vivian Maier n’était pas du genre à faire chanter les zoziaux ou prendre le thé au plafond. C’était une nounou mystérieuse, excentrique, folle. Ce sont du moins les adjectifs utilisés par les enfants devenus grands qui l’ont connue, interviewés par John Maloof.

Le réalisateur de À la recherche de Vivian Maier, John Maloof
Le réalisateur de À la recherche de Vivian Maier, John Maloof

Certains témoignages n’hésitent pas à qualifier Vivian Maier de méchante femme, avec un goût pour l’humiliation, voire la maltraitance. 

Mary Poppins promenait les enfants dans le parc, y rencontrait Bert, et tous plongeaient dans un dessin animé, pour chanter avec des animaux de ferme ou danser avec des pingouins.

Dick Van Dyke dans Mary Poppins, de Robert Stevenson (1964)
Dick Van Dyke dans Mary Poppins, de Robert Stevenson (1964)

Vivian Maier emmenait les enfants dans des quartiers mal famés pour… y prendre des photos.

Vivian Maier: de Dorothea Lange à Robert Doisneau

Ce qui frappe dès des premières images du film, c’est le talent de Vivian Maier, inconnue du public, et montrée ici dans toute sa complexité et ses paradoxes.

Elle faisait des portraits, le plus souvent. Clochards, ouvriers en plein travail ou simples passants, elle photographiait, comme Dorothea Lange aux Etats-Unis, la misère humaine, crue et magnifique.

Sans-abri photographié par Vivian Maier (acquis par l'acteur Tim Roth)
Sans-abri photographié par Vivian Maier (acquis par l’acteur Tim Roth)
Femme sans-abri, "Zebe like Zebra," photographiée par Dorothea Lange
Femme sans-abri, « Zebe like Zebra, » photographiée par Dorothea Lange

Ses photos d’enfants ne sont pas sans rappeler un certain Doisneau.

Deux petites filles qui jouent, photographiées par Vivian Maier
Deux petites filles qui jouent, photographiées par Vivian Maier

Petites filles jouant sous la Tour Eiffel, par Robert Doisneau
Petites filles jouant sous la Tour Eiffel, par Robert Doisneau

Parfois, Vivian Maier choisissait les élégantes des quartiers cossus,

ou les jeunes filles dans leur vie quotidienne:

Elle voyait le beau là où nous autres ne voyons rien.

Sens du cadre, de la lumière, des sujets, de la perspective, Vivian Maier aurait dû être célèbre mais a manqué son heure.

De Sugar Man à Vivian Maier

À croire que les documentaires d’aujourd’hui sont tournés pour réparer les oublis de l’Histoire. Ces talents, qui nous ont échappé en leur temps, la caméra les récupère. Ce fut le cas pour Sixto Rodriguez, artiste folk qui aurait dû faire sensation dans les années 60, mais qui n’a connu la gloire que récemment, grâce au fameux Sugar Man.

Regardons de plus près le titre original des deux films: Searching for Sugar Man indique que l’on recherche le chanteur. Contre toute attente, on le retrouve. Pour le documentaire sur la photographe, Finding Vivian Maier, on suggère que l’on trouve, quand on n’a pas fini de chercher.

Là réside la grande force du documentaire. John Maloof, heureux chercheur de trésor, multiplie les pistes, d’un petit village de France aux plus grands musées américains. Il fouille, passionné, infatigable, obsédé par le talent d’une femme qui, sans lui, serait resté dans la chambre obscure.

L’obsession de la trace

John Maloof et Charlie Siskel ont réalisé un documentaire qui refuse l’hagiographie. Pas question de dire à quel point Vivian Maier était formidable. Les différents témoignages se suivent et ne se ressemblent pas : les discours se contredisent. Dans une mosaïque étonnante, toujours sincère, on tente de percer son mystère sans y parvenir. On doute de l’origine géographique de l’artiste (française, mais née à New-York?) de son parcours, et même de son nom. Comme tout bon documentaire, A la Recherche de Vivian Maier ne prétend pas apporter de réponses, mais réussit à soulever les bonnes questions.

Vivian Maier souffrait de syllogomanie (de quoi ?) Vous savez, cette manie de tout garder, les journaux d’il y a trois ans, les cahiers d’école, les tickets de bus, les listes de courses, les petits objets que l’on trouve au hasard et qui pourraient servir… 

Effets personnels de Vivian Maier
Effets personnels de Vivian Maier

Vivian Maier était de ceux-là: collectionneuse de tout, accumulatrice compulsive, elle traînait de maison en maison tout son attirail, dizaines de valises et de boîtes que Maloof a démontées comme des poupées russes.
De petits objets, et des pellicules, bien sûr. Plus de 120 000 photos jamais développées. 

Elle conservait tous les souvenirs, toutes les images qu’elles trouvait belles, tous les visages qui l’ont marquée, mais les gardait jalousement. Jamais Vivian Maier n’a partagé ses trésors. Il a fallu que Maloof les découvrît pour que ces milliers d’images voient le jour.
Une question hante le réalisateur depuis sa découverte : pourquoi cette femme, obsédée par la trace, n’a pas voulu laisser la sienne ?

Une femme hors-cadre

De nombreuses métaphores photographiques parsèment le film pour qualifier l’artiste. Le réalisateur dit d’elle « she didn’t want to be exposed » ce qui peut être lu comme un double-sens : elle refusait à la fois d’être exposée et mise à nu, vulnérable (autre sens de exposed) comme si rendre son travail public eût représenté un danger. 
Difficile de croire, néanmoins, qu’elle fût indifférente à son propre talent. Là se pose une question centrale pour bien des artistes : beaucoup produisent comme des fous, sans jamais rendre leur œuvre publique. Ce qui est vital, pour eux, c’est d’exercer leur art, pas forcément de le faire connaître.

L’adjectif « excentrique » revient souvent dans la bouche de ceux qui on connu la photographe. Ils pensent à son look, décalé, rétro, ses chapeaux et ses vêtements trop larges.
L'un des nombreux autoportraits de Vivian Maier
L’un des nombreux autoportraits de Vivian Maier

« Excentrique, » à l’origine, signifie hors du centre, et l’on dit aussi d’elle qu’elle était « hors-cadre. » C’est peut-être ce qui a fasciné les réalisateurs. Le mot camera, en anglais, désigne aussi bien l’appareil photo que cinématographique. Comme une cinéaste, Vivian Maier braque son objectif sur les autres, mais reste hors-champ. Elle a bien réalisé plusieurs auto-portraits, qui laissent entrevoir une forte personnalité, mais pas grand-chose de sa vie personnelle.

« Je suis une sorte d’espion »

Vivian Maier se faisait parfois appeler Smith, comme dans les films d’agent secret, où le héros choisit le nom le plus courant pour passer inaperçu.

Reçu appartenant à Vivian Maier, au nom de "V. Smith"
Reçu appartenant à Vivian Maier, au nom de « V. Smith »

C’est dans une phrase énigmatique à l’un de ses employeurs qu’elle semble se révéler le plus: « I’m sort of a spy » (« je suis une sorte d’espion. ») Sous l’ironie, la déclaration de Maier dévoile son but d’artiste : espionner, voir sans être vue, capter l’essentiel et repartir sans laisser de trace.

Trouver son artiste

On ressort de A la Recherche de Vivian Maier avec une furieuse envie de voir une exposition de photographie.
Et cela va plus loin. Le film éveille le désir de prendre son appareil photo, son smartphone, n’importe quoi, pour saisir à notre tour les images marquantes du quotidien, voir le beau là où personne ne l’a vu avant.

Le film de John Maloof et Charlie Siskel est un vrai cadeau. En cherchant une artiste mystérieuse jusqu’à la fin, il incite à trouver l’artiste en chacun de nous.

D’accord, pas d’accord avec l’article ? Dites-le en commentaire !

Ça peut vous plaire:

       
Avatar
Marla

Ancienne prof de cinéma en fac, je partage sur Marla's Movies mes analyses de films depuis 2014. Je sais parler de Shakespeare et de Harry Potter dans la même conversation. Je pleure devant les vieux films français et les animations Pixar. Venez discuter cinéma et séries, je vous aime d'avance.

6 commentaires pour l’instant

Avatar

Jean-Pascal MatteiPublié le 1:05 - Juil 11, 2014

Bonjour Marla,
Tout ceci fait penser à Diane Arbus et sa biographie « imaginaire » avec Nicole Kidman – vous connaissez ? Au cinéma, deux grands portraits de photographes : "Le Voyeur" et "Blow-Up". Sur la violence des images et le rapport horreur/beauté, je vous invite ici :
http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/derriere-la-porte-rouge-defense-et.html

Avatar

MarlaPublié le 10:33 - Juil 11, 2014

Cher Jean-Pascal,

Non, je n'ai pas vu le film de Diane Arbus, même si l'affiche était alléchante… ça vaut le détour, alors ?

A Blow Up d'Antonioni je préfère Blow Out de De Palma, film sur le son plutôt que la vue, et excellent thriller politique…

    Avatar

    Jean-Pascal MatteiPublié le 5:53 - Juil 12, 2014

    Tous les films avec « Nic », comme la surnommait Tom Cruise, depuis "Eyes Wide Shut", au moins, se trouvent nimbés d’une aura morbide, d’une désespérance qui doit beaucoup au nouveau visage de l’actrice (comparez avec sa rousseur sensuelle et sportive dans "Calme blanc" : contraste saisissant !) – un journaliste des "Inrocks" parla même de sous-genre, le « Kidman movie » –, et ce titre itou. Je partage votre admiration pour "Blow Out", dont, en parfaite anglophone, vous devez apprécier le double sens sexuel… Sur le grand Brian De Palma :

    http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/a-lombre-des-jeunes-filles-en-pleurs.html?view=magazine

Avatar

MarlaPublié le 10:50 - Juil 12, 2014

Ah, pour la référence sexuelle, c'est "blow" tout court, Jean-Pascal, ce qui impliquerait qu'Antonioni y ait pensé aussi ! Ah, ces cinéastes pervers… 🙂

    Avatar

    Jean-Pascal MatteiPublié le 5:39 - Juil 13, 2014

    Bien sûr, Marla, mais explicite chez De Palma, lors du prologue onaniste et méta ou d’une scène mémorable et fatale avec une prostituée dans les toilettes publiques… Antonioni considérait quant à lui l’érotisme comme une maladie sociale (cf. "Identification d’une femme"). Sur le sujet, voici le traitement précurseur, « tout court » ou très long, de ce farceur de Warhol – enjoy (ou pas) !

    Avatar

    MarlaPublié le 6:25 - Juil 14, 2014

    Enjoy… oui, déjà plus que "Sleep"… 😀

Laisser un commentaire

shares
Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial