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20th CENTURY WOMEN : FULL AUX DAMES PAR LES ROIS

 Par Clément

Trois magnifiques portraits de femmes

Dans
son recueil de poèmes Le Fou d’Elsa, Louis Aragon écrivait un
vers devenu célèbre :  « L’avenir de l’homme est la femme. » Mike
Mills nous le démontre en 1h58. Ses arguments ? Trois magnifiques portraits
de femmes.

Le
synopsis de son troisième long-métrage – largement autobiographique – pouvait
pourtant laisser perplexe : Dorothea (Annette Bening), mère
célibataire de 50 ans, a du mal à communiquer avec son fils introverti de 15 ans, Jamie (Lucas
Jade Zumann). 

Dorothea demande à Abbie (Greta
Gerwig), punkette de 24 ans à qui elle loue une chambre, et à Julie
(Elle Fanning), une amie de son fils, d’ouvrir Jamie au monde réel et à sa génération. 

Nous sommes en 1979,
à Santa Barbara (Non, on ne chante pas.) Aux États-Unis, les idéaux contestataires des années 60 meurent à petit feu. Ne survivront pas à la désillusion des années 80. Ce sont aussi les dernières heures de la deuxième vague
féministe, qui recevra le coup de grâce, aux USA, par l’échec de l’Equal Rights
Amendment en 1982. Sous l’influence de ces trois femmes, Jamie (alter ego du
réalisateur) apprend à voir le monde avec sensibilité.

Et c’est tout ?

La femme dans tous ses états


Sous
ce prétexte assez léger, le brelan de femmes de 20th century women est filmé avec une tendresse infinie par Mike
Mills (à la fois à l’écriture et à la caméra). L’exaltante complexité de ses
personnages tient à sa conscience que l’âme humaine est pétrie de
contradictions. Ses femmes refusent d’entrer dans des cases.

Julie
semble modelée sur la Suzanne d’À
nos amours
(1983) réalisé par Maurice
Pialat : elle est pleine de jeunesse, mais ne sait pas
quoi en faire.

Julie (Elle Fanning) dans 20th Century Women, de John Mills (2016)
Julie (Elle Fanning) dans 20th Century Women, de Mike Mills (2016)

Suzanne (Sandrine Bonnaire) dans A nos amours réalisé par Maurice Pialat (1983)
Suzanne (Sandrine Bonnaire) dans A nos amours réalisé par Maurice Pialat (1983)
Comme Suzanne, elle couche souvent, sauf avec le garçon qu’elle aime le plus, Jamie. Elle a soif de liberté mais ne veut
quitter son quotidien rassurant. 

Abbie est mue par des élans dionysiaques, son punk révolté, son amour de l’art, ses
convictions féministes, mais est aussi traumatisée dans sa chair par un cancer,
marquée par des lambeaux d’idéaux hippies désormais enterrés, regrets qu’elle
partage avec le viril William (Billy Crudup), menuisier talentueux et artiste
frustré.

abbie (greta gerwig) dans 20th century women
Abbie (Greta Gerwig) dans 20th Century Women

Cette jeunesse désenchantée rappelle celle de La dernière séance  de Peter Bogdanovich (1971) : Jacy
Farrow est en effet proche de Julie, notamment dans la joie mêlée de
désillusion que leur inspirent leurs expériences sexuelles.

Timothy Bottoms, Jeff Bridges, et Cybill Shepherd dans La dernière séance (1971) de Peter Bogdanovich

Et puis, il y a la mère, superbe et mystérieuse, à la fois sympathique et antipathique. Elle est coincée entre progrès et passéisme. Au temps où les mères hollywoodiennes sont trop souvent des boulets exaspérants, Dorothea restitue dans sa richesse la
figure de la mère.

Dorothea (Annette Bening) et Jamie (Lucas Jade Zumann) dans 20th century women de Mike Mills (2016)
Dorothea (Annette Bening) et Jamie (Lucas Jade Zumann) dans 20th century women

Un feel-good movie ?


20th century women est le contraire d’un pensum lacrymal. Le trio est aussi lumineux que la photographie est ombrée :
leur monde est
terne, pas elles, à l’image de la fin du film.

Paradoxe :
dû à l’omniprésence de Jamie, ce film féministe dans l’âme aurait du mal à passer le test de Bechdel. Condition nécessaire (mais non suffisante) pour qu’un film soit féministe :
deux femmes importantes dans l’histoire discutent d’autre chose que des hommes. Mais le film se montre habile dans la psyché féminine là où d’autres films passant pourtant le test sont à vomir question image de la femme. C’est
peut-être le seul reproche que je lui ferais : avec vingt minutes de
plus pour connaître ces femmes, 20th century women serait allé au
bout de son postulat, au lieu d’hésiter entre « portraits de femmes » et « récit initiatique d’un garçon ».

Jamie’s Creek


Le
film dépeint aussi avec justesse la douleur de l’amour non rendu. Jamie est un ado timide qui accueille chaque
nuit Julie dans son lit depuis des années, mais sans jamais qu’elle cède à ses
avances. S’il expérimente ses premiers émois sexuels, c’est seulement sous le
prisme de la frustration.
Jamie (Lucas Jade Zumann) et Julie (Elle Fanning) dans 20th century women
Jamie (Lucas Jade Zumann) et Julie (Elle Fanning) dans 20th century women
Mais Mills rappelle une autre vérité : dans un
amour non réciproque, la personne aimée souffre
autant que l’éconduit. Le soin accordé aux dialogues est étonnant : les
personnages s’expriment dans une prose élégante. Cela ne vous dit rien ?
Joey (Katie Holmes) et Dawson (James van der Beek) dans Dawson (1998-2003)
Joey (Katie Holmes) et Dawson (James van der Beek) dans Dawson (1998-2003)

La
relation Julie/Jamie descend tout droit du couple Dawson/Joey de la série Dawson’s Creek. Mais là où
la série de Kevin Williamson demeurait dans un cadre préfabriqué – en dépit
d’une écriture plus maligne qu’elle en a l’air – 20th century women déjoue nos attentes et nous
livre une douloureuse histoire d’amitié. À retenir, la scène de séduction en boîte reprenant la méthode Cyrano de
Bergerac.

L’Éducation sentimentale


Le
film est parcouru par un féminisme prononcé grâce à l’éveil de Jamie. Jamie devient attentif au combat féministe, même s’il se
rend compte que les hommes n’expérimenteront
jamais l’expérience féminine. John Mills fait la preuve que le féminisme concerne les deux sexes.

À voir, le mémorable dîner de voisins virant à des « Monologues du vagin » dans des dialogues percutants et drôles ! 

Jamie
comprend aussi qu’il ne peut remédier aux problèmes des femmes, mais par sa
présence, les aide à se sentir mieux. 20th century women exalte la sensibilité comme une force magnifique.


Casting en or pour film en
or


Tous
les comédiens sont fabuleux : Greta Gerwig, actrice 100% « indé », commence à avoir une carrière intéressante.
Annette Bening joue son plus beau rôle depuis American Beautytandis qu’Elle Fanning confirme qu’elle est une des nouvelles étoiles du cinéma américain. Le jeune Zumann est émouvant, alors que Crudup bénéficie d’un personnage
masculin subtilement dessiné. La réalisation de Mills, épurée, magnifie acteurs et actrices.

Le brelan de dames de 20th Century Women
Les trois actrices de 20th Century Women


Je
ne peux que vous conseiller 20th century
women
. Je sais déjà qu’il sera un de mes films préférés de cette année. Avec cette transmission par les femmes magnifiquement
dessinée, Mike Mills nourrit l’espoir  d’une meilleure égalité des sexes, et qu’enfin, l’homme soit l’avenir de la femme.

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Clément
Clément

Docteur en binge watching. Donne les Réponses aux Grandes Questions sur les Séries, les Films, l'Univers et le Reste (mais surtout les Séries et les Films).

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