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1917 : La guerre comme vous ne l’avez jamais vue

5 out of 5 stars (5 / 5)

Les histoires les plus simples sont souvent les meilleures. Le 6 avril 1917, les caporaux Blake et Schofield de l’armée anglaise reçoivent l’ordre d’aller porter un message urgent au colonel MacKenzie. Il doit annuler une offensive prévue pour le lendemain. S’ils échouent, 1600 hommes, dont le frère du caporal Blake, tomberont dans le piège tendu par l’armée allemande.

Un prodige technique

D’un point de vue technique, 1917 une pleine et entière réussite. Sam Mendes nous embarque dans cette mission quasi impossible sans perte de temps ni fioritures. On suit littéralement pas à pas les deux soldats dans ce qui paraît être un unique plan-séquence. Il y en a certes plusieurs mais l’idée était excellente et la réalisation parvient à la transformer en réussite visuelle, comme l’avait fait Birdman en 2015. A l’exception d’une coupure pour cause d’évanouissement, l’histoire de 1917 suit une progression linéaire, depuis le point A d’où partent les caporaux jusqu’au point B. Néanmoins, ce n’est pas parce que c‘est linéaire que c’est sans intérêt. Loin de là.

Au coeur de l’action

Première bonne idée, le relatif – sans vouloir leur manquer de respect – incognito des deux acteurs principaux. George MacKay et Dean-Charles Chapman ne sont pas des vedettes mais c’est justement leur côté « soldat de base » qui fait qu’on s’attache facilement à eux. A l’opposé du Dunkerque de Nolan, Sam Mendes se place quelque part dans la tradition de Tolkien qui avait une sincère et profonde admiration pour les « tommies ». Les tommies sont les simples soldats de l’armée britannique qui accomplirent l’essentiel des combats et subirent l’essentiel des pertes. Prendre des « têtes d’affiches » (comme Colin Firth ou Benedict Cumberbatch qui jouent dans le film des rôles très secondaires) aurait diminué la dramaturgie de 1917. Une dramaturgie renforcée par le réel, Mendes s’étant inspiré d’anecdotes de son grand-père qui fut messager pour l’armée britannique.

La réalisation de 1917 se centre au plus près des personnages, sans jamais nous donner à voir ce qui se passe à côté ou chez les Allemands. Le spectateur vit donc l’instant présent intensément sans pouvoir penser à l’avenir même immédiat. Cet effet « nez dans le guidon » conféré par l’usage du plan-séquence, résolument immersif, capture, captive et tient en haleine deux heures durant. D’autant que la dimension personnelle à la mission ne la rend que plus humaine.

 

L’ennemi sans nom

L’ennemi est on ne peut plus vague mais n’en est pas moins menaçant. Évidemment, le titre de 1917 désigne les Allemands comme cet ennemi et quelques soldats incarnent ces « Allemands ». Il n’en ressort pas moins une impression d’irréalité fantasmagorique, de menace latente. Ainsi cette scène où des coups de feu sont tirés sans qu’on puisse dire dans un premier temps d’où ils viennent. L’Allemand a des allures de Croquemitaine. Il est à noter qu’aucun Allemand ne reçoit de nom personnel dans 1917. C’est toujours un « Allemand », l’incarnation provisoire d’une entité menaçante, un Léviathan qui renaît sans cesse de l’abîme.

 

Un film de guerre tout en nuances.

Mais, s’il y a des ennemis, il y a aussi des alliés. En plus d’être deux (ce qui permet des échanges qui évitent toute monotonie), les héros – à tous les sens du terme – de 1917 reçoivent l’aide des autres soldats. La fraternité d’armes devient ainsi une réalité quel que soit le grade. Le capitaine, incarné par le remarquable Mark Strong, apporte en peu de mots et quelques gestes, le soutien nécessaire à la poursuite de la mission. La critique de 1917 contre certains officiers n’est pourtant pas passée sous silence, évitant un effet justement trop héroïque. L’armée britannique a eu son lot d’officiers « aimant la bataille », comme le général Haig, un des généraux les plus controversés du conflit. Pourtant, il fut élevé au maréchalat et anobli après la guerre.

 

1917 : un film faussement linéaire

La linéarité de 1917 est interrompue par de multiples péripéties qui nous rappellent que nous sommes en guerre. L’ouverture bucolique est vite oubliée ! Il y a quelque chose à la fois ludique et tragique dans ces ruptures de ton. Un instant de légèreté (comme s’amuser de la grosseur d’un rat) peut immédiatement être suivi d’un instant dramatique (une explosion). La mission de 1917 est de celles que l’on peut en trouver dans un jeu, mais le film ne badine pas avec la vie humaine et montre constamment que ces « perturbations » ne sont pas anecdotiques mais peuvent être mortelles.

La linéarité de 1917 est également rompue par la diversité des décors. On passe sans transition de la tranchée britannique à la tranchée allemande. Ou encore au no-man’s land (une des séquences les plus sinistres et les plus choquantes du film), de la verte prairie du Nord aux ruines ocres. On passe aussi d’une cave obscure à la forêt. La lumière elle-même varie de chaude au départ à morte au milieu. L’obscurité nocturne donne aux ruines une allure caravagesque des plus frappantes. La tension au plus haut à ce moment tire vers le fantastique, rend l’ombre aussi bien protectrice que menaçante. Tout concourt dans 1917 à ne jamais donner de répit.

Quelque part, la guerre ne s’arrête jamais.

 

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Tim Bullock
Tim Bullock

Bibliophage et un peu cinéphile, plutôt porté sur la comédie, le film d'action, le film de genre, j'aime beaucoup Tim Burton et j'adore les films de la Hammer.

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